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 Donjon, solitude, mal du pays...

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Louis Raphaël d'Appérault

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Fecha de inscripción : 08/08/2007

MessageSujet: Donjon, solitude, mal du pays...   Sam 22 Mar 2008, 21:05

Le soleil commençait à retomber, derrière les monts qui encerclaient la Vaunage. "Sa" terre. Louis, isolé dans le donjon du château de Cauvisson, s'était réfugié au sommet. De là, la vue qu'il avait était complète, et devant ses yeux s'étendait le domaine qui était devenu sien, depuis le mariage. Cela faisait de longues semaines qu'il avait accordé faveur à sa dame, et qu'ils avaient déménagé leurs affaires à Cauvisson. S'il avait vu son épouse retrouver goût à la vie, retrouvant un sourire qu'il ne lui connaissait pas auparavant, il n'était pas de même pour lui. Il se retrouvait à présent complètement seul, loin de sa Champagne, des terres melodunaises, qui l'avaient vu naître. Jamais il n'en était sorti, sauf pour se rendre à la capitale, qui n'était guère éloignée de Melun ni de Meaux, deux fiefs limitrophes entre le bassin d'Ile de France et la Champagne, en plaine briarde.

En Languedoc, il avait trouvé un nouveau foyer. Il était le seigneur des lieux, bien sûr. Par le titre, du moins. Mais, dans les faits, il ne connaissait pas cette région, ses coutumes. Cette terre était sienne et pourtant elle lui était étrangère.
Le pays d'Oc était assurément plus chaud que la rude Champagne, même si le vicomte restait persuadé que c'était ce temps qui l'avait rendu malade. Pour l'instant, les médicastres n'avaient sut dire ce qu'il avait. Il avait bien une idée : le pays d'Oc et ses températures plus élevées qu'en Champagne était un nid à maux de toutes sortes, qui trouvaient là une province parfaite. Les gens du cru devaient, eux, y être habitué. Mais lui, non. Devait-il retourner en Champagne, et affronter son père, pour se remettre à son service ? Le vieil homme avait semblé perdu, à l'idée de ce départ. Avait-il donc besoin de soutien ? Assurément, non. Il était bien trop grand pour avoir besoin d'une aide quelconque. Et pourtant ? Et quel était le rôle de son chambellan ?

Les rayons du soleil éclairaient encore la plaine. Il fallait le reconnaître, un certain charme se dégageait de cette vicomté. Et le domaine viticole était vaste. Il avait déjà eut l'occasion de goûter au vin, bien meilleur que ce qui sortait des vignes melunaises ou meldoises. Les grands vins champenois, qu'ils soient d'Epernay ou de Sézanne, rivalisaient à peine avec les vins de ses terres.
Ses terres ? Etaient-elles vraiment siennes ? Lui qui ne les connaissait point. Et encore, cela il pouvait bien s'en passer, le temps changerait cela. Mais cette langue, cette langue du Sud, la langue d'Oc. Il n'arrivait pas à s'y mettre, malgré les efforts de son épouse. Efforts qui restaient minimes, entre sa grossesse, l'étrange mal de Louis, elle avait déjà fort à faire pour veiller sur le domaine familial. C'était là son rôle d'épouse, être la mère de toute la population qui s'affairait au château des anciens seigneurs de Cauvisson. Mais lui. Il manquait à ses devoirs. Il n'avait put se présenter aux allégeances au comte de Languedoc. Il ne pouvait recevoir, en la grande salle du château, celles et ceux qui viendraient demander audience à leur seigneur. Et puis, même s'il avait put le faire, à part hocher la tête et faire croire qu'il comprenait, qu'aurait-il fait de plus ? Ne causant pas la même langue, il lui était impossible d'entendre et de répondre aux audiences.

Le soleil donna ses derniers rayons. Ils ne pouvaient repartir de suite en Brie. Peut être après la naissance du futur enfant, qu'il soit présenté à la famille, même si celle ci s'était bien dispersée. Le donjon, son refuge, ne pouvait l'héberger indéfiniment. Il fallait affronter tout cela, il le devait à ses gens, à son suzerain, et à son épouse aussi. Mais cela ne serait pas simple. Peut être que rappeler à lui quelques connaissances, parlant la langue d'Oïl, donnerait un tout autre sentiment à vivre ici, en Oc.
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Louis Raphaël d'Appérault

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MessageSujet: Re: Donjon, solitude, mal du pays...   Mer 26 Mar 2008, 17:39

Pâques était passé, et l'état de Louis n'avait guère évolué. Pour égayer un peu ses journées, il avait envoyé des lettres. Du moins, il avait voulut en écrire plusieurs, mais une seule avait put être achevée, et donc envoyée en pays champenois. Clémence, la fille du marquis de l'Epine, dont il avait été écuyer quelques années. Du moins, en théorie, le marquis étant à cette période partit au loin sans donner de nouvelles. Il avait donc plus servit de page à dame Matthilde. Et puis, il y avait eut Clémence. Quelques années de moins que lui faisaient qu'à cette époque, alors qu'il était déjà presque un homme, elle restait, elle, une petite fille. Ecart d'âge pas si grand, mais qui avait des répercussions fortes sur le comportement. Ils avaient vite sympathisé, tous deux, et il avait profité de ses moments de liberté pour lui tenir un peu compagnie. Avec elle, il avait parfois put parler nettement plus libéré qu'avec sa maîtresse, même si la petite Clémence n'avait sans doute pas tout comprit de ce qu'il disait.

Alors donc, c'était vers elle qu'il avait tourné sa plume. Il avait agit en grand frère, du moins dans l'image qu'il s'en faisait, à un moment où elle était privée de son père. Elle avait l'âge de se marier, il l'avait inviter à Cauvisson, manière d'être moins seul, et aussi de la voir une dernière fois comme "petite soeur", avant qu'elle ne prenne époux, et ne devienne femme, puis mère.

Bientôt, en l'honneur de Pâques, le comte de Languedoc organiserait festivités et joutes équestres. Cela serait une bonne occasion de sortir un peu, et de commencer à s'acclimater à la noblesse locale. Après tout, il était des leurs, et il avait quelques devoirs à remplir : autant le faire dans de bonnes conditions. Mais cela ne serait pas simple, s'il fallait entendre cette langue d'Oc. Il faudrait préparer quelques affaires pour Montpellier. Ce serait l'occupation des jours à venir. Pour l'heure, il alla s'asseoir, au coin de la cheminée. Profitant de la chaleur du foyer, il ouvrit le livre qu'il portait machinalement depuis le début de la journée, un bel ouvrage, présent de sa maîtresse héraldique à l'occasion du mariage. Il en reprit la lecture, à nouveau, relisant périodiquement quelques passages. Et ainsi se prolongea la soirée, avant qu'il ne faille refermer le livre à la nuit tombée.
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Les Servantes

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MessageSujet: Re: Donjon, solitude, mal du pays...   Jeu 27 Mar 2008, 08:55

Une camériste était dévolue aux services du Vicomte reclus. Elle lui portait sa nourriture, prenait ses courriers, écoutait, parfois, ses états d'âme, mais il n'était pas de ceux qui les disent tout hauts. Il avait sur le visage l'air d'un prodigieux ennui, un dépérissement que la brave fille n'aurait pas cru possible chez un homme - mais elle ne connaissait que les solides gars des écuries ou des champs, pas les courtisans.

A la vérité, il lui faisait peine, et parfois elle lui demandait si quelque chose lui ferait plaisir - mais d'un signe de tête, il montrait qu'il ne comprenait point sa question, et chaque fois la brave fille se mordait la lèvre d'avoir oublié que son maître était un septentrional. N'y tenant plus un jour, elle alla voir Adeline, qui les gouvernait dans la maison, et qu'elle savait parler un peu la langue d'oïl. Oh, elle n'espérait pas apprendre, mais pouvoir au moins dire un mot au Vicomte - elle n'espérait même pas comprendre une réponse articulée.

Pendant quelques jours, quand elle vint le matin et le soir porter son repas au vicomte, flottait sur son visage un air malicieux, celui de qui prépare un coup inattendu. Après un laborieux travail d'articulation et de détachement des mots, elle avait pu finalement, alors qu'elle reprenait un plat, demander avec un horrible accent :


-« Monseigneur Vicoms, quelqué chosé férait plaisir ? Dessinez ou expliquez, disez pas, comprends pas. »

Il y avait bien une lacune dans sa grammaire : il avait été bien trop difficile de lui faire entendre l'intérêt des pronoms, qui n'existent que marginalement en langue d'oc.
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