AccueilFAQRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 [RP] La couleur du désir

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Reginhart
Baron de Malpertuis / Héritier de la famille


Cantidad de envíos : 38
Fecha de inscripción : 19/05/2006

MessageSujet: [RP] La couleur du désir   Lun 27 Oct 2008, 20:43

Trois cavaliers, au galop, couraient sous la nuit noire, sans lune.

L’automne, saison des tempêtes, s’était installé, et le bruit de leurs casques martelant les chemins étouffait sous la rumeur incessante des vents. Toutes les branches de tous les arbres craquaient sous le poids d’une main invisible qui les dénuait, progressivement et en ne marquant aucune différance entre eux, de leurs feuilles, auparavant brunies par l’âge. De ces feuilles destinées à mourir toujours sous le même soleil pâle, le soleil du renouveau, du changement. Que l’automne ait tellement inspiré de poètes et d’artistes ne pouvait plus être un dilemme. Le changement des couleurs qui créent cette saison digne de tous les enfers, les orages souvent désirés qui reflètent le cœur tourmenté de l’homme, l’odeur même de l’hiver qui s’approche sans être encore complètement présente, le constant silence qu’enveloppe l’assourdissement continu… l’automne en fin, dans toute sa splendide horreur, dans toute sa douce agitation, dans toute la beauté de sa mort, l’automne, tel que tant d’hommes l’ont décrit et souffert, tel que tant de cœurs l’ont désiré ou craint, l’automne dans la nuit duquel il se cachait, cet automne-là fascinait Reginhart.
Reginhart, car c’était bien lui qui se cachait sous cape, entre deux soldats fidèles, qui depuis les cinq heures de galop nocturne qu’ils avaient fait, ne pensait plus qu’à l’envie qu’il avait de faire voler ses cheveux au vent, ses cheveux roux, ses cheveux couleurs d’automne, Reginhart, donc, venait de quitter l’Aragon, terre sur laquelle il s’était disposé à gouverner, en tant que roi.
Les raisons qui l’avaient poussé à quitter la terre de ses aïeuls semblaient aussi obscures que devait le rester sa présence en France. Il n’avait pris avec lui rien qui puisse l’identifier, en France tous devaient le croire en Aragon, en Aragon tous devaient le croire en retraite religieuse, cette retraite qu’il avait tenu à accomplir avant son avènement et son couronnement, afin que la religion soit triplement renforcée dans ses sujets, et que par là il puisse, par la suite, les tenir tous, sujets et Eglise, sous ses pieds.
Cependant quelques soucis d’ordre mineur avaient fini par menacer l’intégrité de la couronne et son intégrité à lui.
D’abord une fièvre terrible l’avait obligé à rester en retrait plus de temps que prévu, et ensuite, quand enfin il se disposait à revenir, à être couronné et à régner, le martèlement de ses terres, la révolte de ses sujets, la mort de son père et l’incompétence de ses conseillers avaient anéanti ses projets avant même leur éclosion.
Il fit appel à deux de ses soldats, et à trois, en inconnus complets, ils quittèrent l’Aragon. Ce n’était pas une fuite, c’était une prise de recul en perspective de s’adonner à la confection d’une stratégie implacable pour revenir, les armes nécessaires en main, et reprendre le pouvoir. Reginhart comptait bien y arriver.


Nous arrivons à Carcassonne Majesté

Même dans l’obscurité de la nuit on pu voir la silhouette du milieu frémir et vaciller quasiment sur son cheval. La voix qui se fit entendre alors, bien que gardant un ton bas, hésitait entre un ton cruellement froid et un énervement explosif.

Mais bon sang combien de fois je dois répéter le côté absolument secret de notre présence ici ? Encore un Majesté et je te fais couper la tête nom d’un dieu ! -Reginhart coupa toute possibilité de réponse- Maintenant silence. Vous savez quoi faire.

Trois minutes quatre après, l’un des soldats descendait de scelle, échangeait quelques mots avec deux gardes de la ville, une bourse bien pleine changeât de mains, les portes s’ouvrirent, et les trois cavaliers entrèrent a Carcassonne. Reginhart ne souffla qu’une fois les portes refermées derrière lui. Il n’avait aucune envie de reprendre du sang sur la ville où il était né, mais il ne s’en serait pas privé en cas de besoin.

La retraite avait été faite dans un monastère voisin d’Urgel, condé évident des comtes d’Urgel, dont maintenant Reginhart était l’unique descendant direct vivant. Ils avaient traversé les Pyrénées par la route à Foix et ils se trouvaient à présent dans sa ville de naissance.
Une grande multitude de souvenirs remontèrent à la surface et ce fut emporté par ceux-ci qu’il guida ses deux compagnons à travers les rues de la ville tant aimée. Ah ! Que d’aventures il avait vécu entre ces murs, sur ces pierres ! Il en connaissait chaque recoin par cœur –du moins croyait-il, refusant l’évidant changement des lieux–, chaque odeur, chaque fleur lui était familière. Le chemin jusqu’à l’Hostel se fit sans même nécessité de réflexion. Et devant la porte, oh, la porte ! Cette porte que jadis il trouvait si grande et majestueuse, du haut de ses petites années, devant cette porte, ce fut lui qui descendit de scelle, confiant les brides de sa monture a l’un de ses compagnons de voyage. Il toqua et le son de son poing contre ce bois lui remonta mils souvenirs, mils printemps passés, mils automnes écoulés.
Il attendit sans s’en rendre compte, et il n’entendit pas les pas précipités sur le parquet derrière la porte, il n’entendit pas la voix de la bonne demandant «qui va là ?»
La porte s’entrouvrit, et derrière celle-ci quelqu’un sursauta avant de l’ouvrir complètement.


Monseigneur Reginhart?!

Reginhart reconnu en cette fille qui avait faillit lui sauter au cou, Adeline, la gouvernante de Catalina. Ni sa présence ni la titre qui lui était attribué ne l’étonnèrent en un premier temps.

Chut, n’en dites rien, nous passons juste la journée ici, faites moi préparer une chambre, et une pour mes soldats dans les appartements des domestiques. Donnez-leur a manger et faites amener les bêtes a l’écurie. Que personne hormis la maisonnée ne soit au courant de notre présence, laissez-moi entrer.

Reginhart avait tout d’un coup pris conscience de la fatigue qui l’accablait. La seule envie qu’il avait maintenant c’était de retrouver sa chambre depuis si longtemps oubliée, de retrouver un paisible sommeil d’enfant dans cette maison ou on le croyait visiblement encore baron. La femme rappliqua avec une agitée courbette et s’effaça pour laisser son maître passer. Reginhart se demanda si toutes les fâcheuses dernières nouvelles étaient arrivées en France… la mort de son père, par exemple…
Adeline donna encore quelques indications aux deux soldats et fit appeler un valet qui les mena aux cuisines puis qui se chargeât sans doute des chevaux, puis alla allumer l’âtre du salon.


Monseigneur nous fait une très belle surprise par sa venue, combien de temps Monseigneur va nous honorer de sa présence?
-Nous repartirons demain Adeline


Il était très las mais n’osait cependant pas fausser espoir à la servante. Il se sentait retourné en enfance, retourné entre les mains et les soins des femmes, il se laissait faire, il s’assit dans le fauteuil qu’Adeline lui tendit et regarda le feu qu’elle avait allumé pendant qu’elle lui enlevait ses bottes. Elle semblait avoir compris la fatigue du maître, cependant elle était si agité, si surprise et aussi si contente de la revoir qu’elle ne pouvait s’empêcher de parler, de questionner, et Reginhart se laissait mener a la baguette, soudain las d’être celui qui dirige, soudain nostalgique d’être mené. Tous ses problèmes disparaissaient avec la magie de cet Hostel, de ces murs, de cette odeur qui n’avait toujours pas changé. Les tableaux de ses ancêtres devant lesquels il avait souvent joué à être aussi grand qu’eux, le miroir devant lequel il s’était si souvent regardé au bras de Margot semblait refléter les images du passé, les fleurs même semblaient celles qu’un matin avait cueilli sa mère…
Adeline continuait à lui demander, s’il avait fait un bon voyage, s’il voulait manger quelque chose, elle ne s’interrompit et le laissa seul que pendant quelques minutes pour aller réveiller une autre domestique et lui demander de préparer la chambre du maître. Elle demandait si Monseigneur voulait prendre un bain, si Monseigneur avait des nouvelles d’Aragon, elle était tellement contente de revoir Monseigneur, il avait bien grandit depuis la dernière fois, oh, elle ne se rappelait même plus de la dernière fois qu’elle avait vu Monseigneur, mais Monseigneur avait beaucoup grandit, ses traits s’étaient affermis, il était vraiment devenu un homme maintenant, ah si la mère de Monseigneur pouvait le voir elle serait très fière de ce très beau jeune homme qu’il était devenu. Monseigneur n’avait ramené que ces deux soldats ? Monseigneur ferait bien de rester quelques jours de plus, Monseigneur avait l’air d’avoir besoin d’un repos, mais sans doute que Monseigneur était très demandé ailleurs et que Monseigneur avait maintenant des grandes responsabilités et elle comprenait très bien que Monseigneur ne puisse pas rester plus longtemps, même si elle regrettait déjà le départ de Monseigneur le lendemain !
A part la joyeuse voix de la bavarde Adeline et les quelques réponses très brèves et le plus douces possibles de Reginhart, qui, quand à lui tombait déjà dans un second état que les souvenirs, le bien être, le fait de se sentir cajolé et la fatigue, provoquaient, le silence était harmonieusement accordé avec le vent sur les vitres et le crépitement du feu dans l’âtre.
Monseigneur ne voulait pas manger, merci Adeline, il était très fatigué, non il ne prendrait pas non plus de bain, juste un peu d’eau chaude pour se laver les mains. Adeline s’en alla la chercher et quand elle revint avec le bassin, que Reginhart s’eu lavé les mains et les eut séchées, quand Reginhart se leva et quand il s’apprêta finalement à quitter le salon, a monter dans sa chambre, Adeline l’arrêta une dernière fois.


Mais… Monseigneur ne préfère pas qu’on prévienne tout de suite Madame sa sœur de votre arrivée ? Ou il préfère l’attendre ou se reposer avant ?

Un pied de Reginhart resta suspendu en l’air et son cœur manqua un battement alors que son cerveau semblait faire un énorme travail pour comprendre ce que ses oreilles venaient d’entendre. L’heure s’arrêta, Reginhart ne bougea pas d’un cil, son visage semblait celui d’un homme qui venait d’être foudroyé, il s’était décomposé mais on ne savait pas comment ni quand et il semblait vide de toute vie.
Combien de temps il resta ainsi, le pied suspendu, la lèvre entrouverte, la main tremblotante ? Combien de temps eu Adeline pour se demander trente mil fois en silence que est-ce qu’elle avait encore dit comme bêtise ?
Nulle ne saurait le dire…
Reginhart sembla reprendre doucement ses esprits, il baissa, avec l’extrême lenteur de celui qui craint se briser, son pied, ferma la bouche, et accompli un semblant de demi cercle en direction de la femme.


Ma… -le mot semblait refuser de sortir de ses lèvres- …sœur… ?

Il craignait avoir mal entendu. Il avait forcément mal entendu. C’était une erreur monstrueuse, ou alors c’était un rêve. Non, non, il avait mal entendu, il était très calme, et Adeline allait répéter quelque chose de complètement différent, quelque chose qui n’avait rien à voir, s’était la fatigue qui lui jouait des tours, rien de plus, il avait besoin de dormir. Il gardait son calme, son calme. Bien sur, il était très fatigué, rien d’autre…

Euh… oui…votre sœur, Madame la Vicomtesse, Marguerite enfin… Vous savez, elle a pris l’habitude de se lever très tôt dernièrement, pour dire la messe des matines…

La pauvre femme n’avait pas remarqué que Reginhart ne l’écoutait plus, qu’il s’accrochait avec fureur a l’escalier, que ses jambes tremblaient, qu’il avait vacillé, qu’il avait manqué tomber…

Mar…Margot…

Margot ! Depuis combien de temps ne l’avait-il pas vue? Elle ? Ici ? Margot ?
Adeline hésita un moment fit un pas vers Reginhart, recula d’un pas, recommença encore une fois…


Je peux aussi faire réveiller Catalina si vous voulez…

Cette fois Reginhart tomba. Il n’eut pas les moyens d’arrêter la chute, et ce fut un cri, non plus un murmure, qui nomma sa deuxième sœur.

Catalina ?

Adeline accouru a lui, mais Reginhart s’était déjà relevé, l’œil hagard, les membres tremblants et fiévreux, il repoussa la femme qui venait le secourir.

Margot, ou est margot ? Je veux voir MARGOT ! Répondez, ou est-elle ?!

Adeline prix peur et essaya de calmer son maître en tétant des approches, mais Reginhart remettait déjà sa cape (tout à l’envers faut-il préciser)

Elle… elle est à l’église, comme tous les matins… Monseigneur ne savait pas pour… Monseigneur ???!!!…

Mais Monseigneur avait déjà franchi le seuil de la porte, nus pieds. Adeline pris les bottes de Reginhart et s’empressa d’ouvrir la porte pour le suivre, mais Reginhart marchait à toute vitesse vers l’Eglise. Elle abandonna et se contenta de demander, sans espoirs, que devait-elle faire pour Catalina.

Laissez la dormir !

La réponse lui était tout de même parvenue, et appuyée contre la porte, Adeline suivit la figure de son maître, fuyante comme une ombre, jusqu’à ce qu’elle disparaisse au coin d’une rue. Puis elle rentra.
Reginhart n’avait pas besoin de réfléchir pour trouver le chemin de l’église. Il ne réfléchissait d’ailleurs pas du tout, il était poussé par un instinct animal, par le visage de sa sœur, par l’odeur de sa sœur, il ne se demandait même plus pourquoi elle était là, il ne s’étonnait même plus de sa possible présence, il ne se questionnait plus de rien, il allait à elle, dans une sorte de transe, de deuxième état, de deuxième dimension. Il allait et pourtant ce n’était plus lui, il n’avait pas conscience de son existence, pas conscience de ses pieds nus, pas conscience du chemin pris, pas conscience de son arrivée devant l’Eglise.
D’un coup de pied il en ouvrit les portes qui firent un bruit assourdissant dans cette vie qui semblait avoir perdu tous ses sons.
Derrière lui les premières lueurs de l’aurore traversaient le rideau de brouillard qui s’était baissé sur la ville.
Devant lui, sa sœur…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Marguerite
Maîtresse de maison


Cantidad de envíos : 645
Fecha de inscripción : 09/09/2006

MessageSujet: Re: [RP] La couleur du désir   Mar 28 Oct 2008, 18:59

Peu de personnes avaient compris de quoi souffrait Marguerite cette fois. De crise de foi ? On la voyait tout le jour, et en partie la nuit, dans la basilique Saint-Nazaire. Elle brûlait mille chandelles, elle brûlait l'encens, elle brûlait ses lèvres de tant prier. Elle disait la messe, et il n'y avait bien souvent personne. Elle entendait des confessions, mais c'étaient bien souvent celles des phalènes.
Dressée devant l'autel, dans son habit de service, de drap fin, qui enserrait de neige chacun de ses mouvements, elle avait la grâce des statues de marbre blanc, et le profil d'une chandelle qui se consume à la gloire du Très Haut. Comme sa chevelure rousse était prisonnière de la toile, jusqu'au moindre cheveu, la seule flamme surmontant cette silhouette de cire était la ferveur de son regard. Qui aurait deviné que sous le drap, son ventre s'arrondissait d'une vie à naître ? Elle-même ne semblait pas s'en soucier, mais mangeait comme il semblait qu'on ne l'avait jamais vue manger ; elle avait tant habitué ses proches à un ascétisme quasi absolu, que ce seul regain, même léger, d'appétit, semblait prendre des proportions inconcevables.
Le changement s'était, en vérité, opéré dans son esprit, quoi qu'il n'en eût pas conscience. Mais, de toute sa vie, avait-elle eu conscience de quoi que ce fût ? C'était un fétu de paille, que le vent avait bien ballotté, et continuait de guider à sa guise. Sa naissance, les épreuves de sa vie, son mariage, sa folie... Sa folie ? C'était une quête, c'était une foi, c'était une passion dévorante ; sa sensibilité à fleur de peau, ses atermoiements existentiels, c'étaient autant de signes de sa singularité, de signes de son irresponsabilité. Elle aimait, c'était tout, et qui mieux que Dieu ?

Oui, c'était comme ça qu'elle aimait mieux... qu'elle aimait bien. C'était en fermant les yeux, en oubliant tout, et se laissant pénétrer de la plénitude divine. Nul mot, si ce n'était pour jouer contre elle : alors, en l'absence de cette plénitude, elle se taisait, c'était la règle. Elle comprenait bien, tout ce qu'on lui disait, mais ne pouvait se résoudre à répondre sans craindre que ses paroles ne jouassent contre elle. Et son regard lui tenait lieu de voix, et sa détermination n'avait d'égal que la constance de son mutisme.

On comprenait bien dès lors, pour ne pas souffrir, de ne plus rien dire, on la trouvait toujours au plus près du Très Haut, devant lequel rien ne lui semblait dangereux à dire. Et quand c'était des oraisons, bien mal en prenait à qui voulait l'arrêter !
Le sommeil, aussi étrange que cela pût paraître, la prenait peu, et ce malgré la fatigue qui eût dû la saisir, du fait de sa grossesse. Elle chantait volontiers les matines, dans cette grande bâtisse vide, et sa voix, point trop laide, si elle n'était sublime, était sublimé du seul fait de chanter les louanges du Très Haut.
Mais un bruit subit, ce matin-là, troubla la prière. Les portes ! Elles étaient entrouvertes... Et les voilà béantes, faisant écrin à une silhouette masculine. Le contre-jour anéantissait la faible lueur des cierges, mais enflammaient cette tête : d'un roux qu'on ne connaît qu'aux Volpilhat.


-« Reginhart... Reginhart... ! »

Et il y avait bien de la ferveur, dans cette exclamation contenue.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Reginhart
Baron de Malpertuis / Héritier de la famille


Cantidad de envíos : 38
Fecha de inscripción : 19/05/2006

MessageSujet: Re: [RP] La couleur du désir   Mar 28 Oct 2008, 19:58

Une simple image avait arrêté sa course et Reginhart restait immobile au seuil de l’église. Etait-ce une sainte devant lui que cette forme de pureté palpable, qui tendait vers les cieux ? Elle lui semblait soudain plus grande qu’il ne l’avait jamais vue, élancée comme elle l’était comme dans le but d’atteindre les nuages, seule devant l’autel de l’église. Existaient-ils donc d’autres êtres que les anges, capables de grandir et de bruler dans la froide immensité des églises ?
L’Etre de blanc vêtu créa devant lui, dans son demi-tour, un tourbillon d’air à l’intérieur de l’édifice et le seul pas que Reginhart avait frappé sur le parvis lui semblait revenir éternellement en écho, comme reviens en écho le silence que provoque un bruit, comme reviens en écho le silence qui précède une condamnation et le silence qui suit une mort. Pourtant Reginhart ne mourrait pas, et si bien il avait adopté l’allure raide et froide d’un marbre ce n’était que par l’impossibilité d’en faire autrement, et de réagir d’une quelconque façon humaine à l’apparition qu’il avait devant lui.
Car malgré la voix vivante qui avait prononcé son nom, la présence de Marguerite tenait pour Reginhart de l’apparition et il lui fut impossible de reconnaître si elle l’avait appelé une fois, deux, mil ou aucune.
Inconsciemment traversèrent alors l’esprit du frère, sous forme de paroles oubliées, les éternités de choses qu’il aurait pu dire ou du dire à sa sœur lors de leurs retrouvailles. Mais autant les pierres de l’église recevaient multitudes de confessions de ses croyants, autant elles le faisaient alors taire. Elles semblaient presque l’intimider, le gronder d’avoir osé briser l’oraison de sa sœur, l’inviter au silence d’une chasteté trop pure pour ses yeux. Trop pure. Il se sentait presque coupable d’avoir été si peu pieux, si souvent. Et la certitude d’être observé par le Tout-Haut le fit frémir. Reginhart observa la réaction de son corps devant cette certitude de son esprit. Il se sentait soudain plein, envahi de trop d’air dans la poitrine, partagé entre un nœud au ventre et une libération au cœur. En proie a une crainte révérencielle, a un amour divin.


Marguerite…

Oh… Rares avaient étés les fois où le nom entier de la femme était sortit des lèvres du frère. Ca allait plus loin qu’une sœur, plus loin que Margot, plus loin que tout. Elle était si blanche, elle brillait, de loin il pouvait voir la larme prisonnière de son œil.
C’était une sainte, c’était un ange !
La main de Reginhart s’avança devant lui et saisi au vol une aile d’encens, comme s’il eu craint de perdre le mirage qui lui était apparut. Il rapporta cette odeur capturée à son visage comme s’il eu voulut en imprégner sa peau, comme si cela avait suffit à le sanctifier, à le bénir, à le purifier, à La rendre en lui.
Sa main modela son visage comme s’il eu modelé celui qui se trouvait devant lui. Ils se ressemblaient tellement… Ses doigts décrivirent la forme de ses lèvres, de son menton et de sa gorge comme s’il eu voulut reconnaître en eux le visage de sa sœur.
Puis la main tomba, comme si elle avait perdu toute sa force, toute sa vie, comme si elle s’était brûlée de la présence de ces lèvres qui gardaient, eux seuls en lui, la couleur rosée de l’enfance et qui avaient perdu, on ne savait comment et à quel moment exactement, le gout de l’ironie.

Ses yeux se rouvrirent et un sourire éclaira tout son visage.


Margot…

Il ouvrit doucement ses bras et chargea un seul mot de toute sa tendresse, de tout son amour fraternel, de toute sa paternité, de toute son affection, de toute sa joie.

Viens
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Marguerite
Maîtresse de maison


Cantidad de envíos : 645
Fecha de inscripción : 09/09/2006

MessageSujet: Re: [RP] La couleur du désir   Jeu 30 Oct 2008, 17:42

Elle regardait son frère obnubilé par les volutes de fumée. Oh, ces masques de fumée, qui les avaient séparés ! Elle était là, encore, toujours, à rendre flous les contours de leurs vies. Il semblait vouloir la toucher, vouloir la comprendre, la tracer sur ce mur invisible qui les séparait, encore - et pour combien de temps ? Pouvait-on commander à la fumée ? Pouvait-on défier les apparences ? Il ne regardait pas, il cherchait main tendue ses traits, dans la nouvelle dimension qu'ils venaient de s'ouvrir ; une dimension où présiderait seul leur fraternité, leur amour si fort, et leur solitude si grande. Ils étaient au plus près du Très Haut, par le lien qu'était l'encens vers l'éther.

Le Roi d'Aragòn n'était qu'un enfant, la Vicomtesse de Cauvisson, qu'une insensée. Qui des deux était l'aîné ? Longtemps la Fleur d'Oc avait eu ce sentiment, qu'elle était déjà bien dans le monde, quand son frère en ignorait tout encore ; longtemps, la Fleur d'Oc avait eu ce sentiment, qu'elle devait le protéger, le soutenir, le guider.

Mais elle le vit arriver, entre ces deux battants, qui avait tant grandi, en si peu de mois ; elle le vit arriver, avec assurance, puis l'air soudain si hagard, aveugle et perdu. La Royauté l'avait changé, elle avait peine à se croire encore un devoir maternel à son encontre. Non, il était devenu homme, et ce ne pouvait plus être de l'amour maternel, ce qui lui tordit les entrailles quand il l'appela :


-« Marguerite… »

Et ce ne pouvait décidément plus être de l'amour maternel, qui lui tordit les entrailles quand il l'invita :

-« Viens. »

Alors, elle se signa, lentement, fébrilement, dans les taches de lumière que le soleil naissant dardait par cette porte, où tout commençait... et puis elle murmura :

-« Merci, mon dieu... »

Et d'avancer d'un pas processionnellement lent jusqu'aux bras de son frère, où elle s'abandonna à la plus douce des chaleurs, celle du cœur, celle du sang, celle de la protection et de la joie. Elle posa sa tête enserrée de drap contre l'épaule du Roi, et ses joues brillaient. Qu'y avait-il au juste, dans ce lien fraternel si fort ? Peut-être la première fois, pour Marguerite, la possibilité d'aimer sans s'en croire coupable. La possibilité de trouver une étreinte que nul ne pourrait lui reprocher, car pouvait-on reprocher à une jeune femme la compagnie de son frère ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Reginhart
Baron de Malpertuis / Héritier de la famille


Cantidad de envíos : 38
Fecha de inscripción : 19/05/2006

MessageSujet: Re: [RP] La couleur du désir   Ven 31 Oct 2008, 21:28

Elle se signa, elle semblait sourire, elle semblait flotter et être emportée par la fumée qui les enveloppait, qui les unissait en les séparant.
Puisqu’elle flottait, elle ne touchait plus le parvis et seuls les liens d’encens gardaient contact avec les deux corps, comme deux âmes liées par quelque étrange lien invisible, qui, les unissant, les unissait aux cieux. Puisqu’elle s’avançait, elle traversait un mur de nuage, elle traversait tous les obstacles qui pouvaient séparer les deux corps, ces deux âmes.
Elle était si proche et si lointaine à la fois. Il croyait l’avoir au bout du bras et au même temps elle lui semblait inaccessible.

Le temps, l’heure, ainsi que l’aurore qui se levait dans son dos, s’étaient arrêtées, avaient suspendu leurs cours, comme si, enveloppées par la volupté de la fumée, entourées par la protection de l’église, leurs deux vies s’enfouissaient dans un monde qui leur appartenait entier, qu’ils pourraient dévorer à deux, mais dont chaque espace, aussi familier leurs fut-il, leur était inconnu.
Cette église… combien de fois, enfant, Reginhart en avait foulé les dalles, en avait contemplé les murs ? Combien de fois son regard avait été attiré, fasciné, capturé par l’autel, par Christos semi-nu sur sa croix, gouttant au plaisir divin et souffrant de sa couronne d’épines ? Et pourtant, à cet instant précis, Reginhart ne connaissait plus cette église, Reginhart ne connaissait plus le froid sur lequel ses pieds nus et sales voulaient prendre racine, ne connaissait plus l’odeur de ces murs qui l’enfermaient, ne connaissait plus ni l’autel ni le martyre qu’il ne regardait pas.
Et lui, portait-il cette couronne d’épines, lui, Roi, lui, frère, lui homme ?
Et lui, se connaissait-il, lui ?
Aucune hostilité ne se dégageait de l’église, aucune hostilité ne se dégageait de lui. C’était un inconnu clément qu’il venait frôler de son souffle, un inconnu qui semblait l’accueillir. Il comprit, pour première fois dans sa vie, pourquoi on disait de l’Eglise un foyer, et pourquoi on l’appelait la maison du Très-Haut.

***

Une main sur son bras le fit tressaillir et reprendre conscience de son existence. L’éternité durant laquelle sa sœur avait marché vers lui, Reginhart s’était retrouvé en se perdant, il avait cessé d’être, il n’était plus et n’occupait plus d’espace dans le monde, il s’était détaché de son égo, de sa personne.
Le poids de cinq doigts, dont il prenait une fébrile conscience un à un, sur sa chemise, qui arrivaient à dégager une chaleur d’autant plus contrastée que lui avait pris la température de l’église, le firent renaître. Il inspira violement une énorme quantité d’air. Il se noyait dans l’éternité et ces cinq doigts l’avaient sortit de l’eau, l’avaient sauvé de la noyade.
Il n’eut pas le temps de réagir, une joue avait effleuré son épaule. La chaleur de celle-ci le brûla, et comme s’il s’eu trouvé en présence de feu, sa propre température fit un terrible bond. Il devint fiévreux et sentit tout son corps brûler d’une ferveur nouvelle.
Un instant il fut terriblement tenté de poser sa main sur celle qui s’était posée sur son bras, ou même sur le front qui caressait son épaule, mais quelque chose le retint. Ce même sentiment qui, tout en le réchauffant de l’intérieur jusqu’à l’extérieur, l’obligeait à se tenir droit et immobile. Une certaine peur, une anxiété. Il essaya de l’analyser et parvint à des ébauches de conclusions si noires que son esprit, frôlé auparavant par la divinité, en présence même d’un ange, se força lui-même à taire.

***

Reginhart ne su dire combien de temps il resta immobile dans cette position, et cela l’intéressait fort peu. Ses pensées semblaient envolées et son esprit était vide. Mais non pas d’un vide de néant, non pas du vide d’un manque. C’était un vide plein. Rempli de la conscience, de la présence, du contact de sa sœur. Chaque parcelle de sa peau cherchait inconsciemment une parcelle de sa peau à Elle, sans jamais oser la trouver. Tout le sang qui coulait dans ses veines puisait dans Sa chaleur l’énergie de continuer à faire battre le cœur. Dans chaque soupire il espérait atteindre une mèche cachée.
Et en fin ils s’échangèrent mils silences, au point que dans chaque parole qui n’était pas dite, il prenait conscience qu’elle était sa sœur, qu’elle le comprenait, qu’elle le connaissait, et qu’il était son frère, qu’il la comprenait et qu’il la connaissait.

***

«Marguerite… père est mort.»

Cette phrase était remontée à la surface de leur silence sans qu’il en eu pris conscience. Au même temps qu’il la prononçait il apprenait qu’il était entrain de le faire et il apprenait la mort de son père.
Il n’avait pas bougé d’un pouce, et il ne bougeait toujours pas.
Il l’avait dit avec une voix blanche, morte… et pourtant, il venait de prendre conscience de cette mort. Son père était mort. Il n’avait pas pu être à ses côtés. Il n’avait plus de père. Il était chef de la famille de Volpilhat. Marguerite n’avait plus de père. Ils n’avaient plus de mère. Leur mère était très pieuse. Ils étaient dans une église.
Il ne bougea toujours pas. Ses yeux ne clignèrent pas. Il contemplait l’éternité, au loin, droit devant lui.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Marguerite
Maîtresse de maison


Cantidad de envíos : 645
Fecha de inscripción : 09/09/2006

MessageSujet: Re: [RP] La couleur du désir   Mar 04 Nov 2008, 02:44

Pourquoi maintenant ? Pourquoi en cet instant de fusion cosmique, en cet instant où le sol, où le ciel, où l'espace n'avaient plus aucun sens autour d'eux, ni plus que le temps, venait-on abattre le cataclysme de la mort de Zeus ? Dieu est mort ! C'était ainsi ou presque ; et Margot crut l'avoir tué. Enfin, oui, c'était le Jupiter de sa vie, c'était son tout-puissant, c'était l'immortel... Non qu'elle reniât le Très Haut, car les proportions étaient bien gardées ; c'était normal, tout bonnement, que son père eût été à sa vie ce que le Très Haut avait été à la Création.
Le regard de Reginhart était effrayant ; effrayant de vide, de neutralité, d'absurdité, d'immobilisme... De désespoir. Ce n'était rien à quoi la jeune femme pût se raccrocher, rien qui la ramenât auprès des vivants, là où l'on méritait encore de danser et de chanter. Qu'était tout cela ? A qui obéir, désormais, et où aller, sans plus ni mère, ni désormais père ? Et soudain, apparut l'idée, si terrifiante, si troublante, si désespérément incompréhensible, qu'elle se trouvait au petit matin, dans les bras du Roi d'Aragòn, et que nul ne l'avait prévenue, et que rien ne venait troubler leur étreinte. Il y avait là matière à se questionner, matière à pleurer, d'ignorance, de doute, de l'absence de sens...

Elle avait glissé ailleurs, elle aurait voulu que ce fût aux cieux solaires... Mais la mort ne devait pas la prendre sur place, ni plus que ce jour-là ; sa conscience seule divaguait comme pour voler au plus près du Très Haut, pour lui demander au nom de quoi avoir pris sa mère, et désormais son père. Elle en oubliait, sans doute, que c'était dans l'ordre des choses, que les pères partissent avant les fils, et les mères, avant les filles. Elle en oubliait, sans doute, quel poids cela pourrait prendre dans sa vie le deuil d'un enfant, quel désespoir face à l'avenir, plutôt qu'au passé, cela provoquerait. Quelle vanité que tout cela !
Et la Fleur d'Oc, abandonnant toute idée, même lointaine, du service religieux qui la retenait jusqu'alors, se mua en chiffe molle, en poupée de son. La blanche silhouette s'était figée contre son frère ; le statuaire de la Basilique Saint-Nazaire s'était enrichi d'une nouvelle pièce, car il semblerait, à qui se permettrait de la regarder, que les yeux de la Fleur d'Oc était aussi creux et vain que ceux de pierre des statues. C'est à peine si l'on put entendre murmurer :


-« Je veux rentrer... Je veux rentrer chez mère... »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Reginhart
Baron de Malpertuis / Héritier de la famille


Cantidad de envíos : 38
Fecha de inscripción : 19/05/2006

MessageSujet: Re: [RP] La couleur du désir   Sam 27 Déc 2008, 17:23

Ce furent les paroles de sa sœur qui sortirent Reginhart de l’état second dans lequel il avait plongé, du gouffre infini des pensées abstraites, de l’immense distance entre l’horizon et l’homme. Ce fut avec un sursaut qu’il prit conscience de l’état qu’il venait de quitter en l’apercevant gravé dans le regard vide de sa sœur. Ce fut avec rage qu’il se maudit d’avoir ainsi flanché, d’avoir faiblit devant sa sœur, lui donnant un exemple terrible de lâcheté et de faiblesse, que maintenant elle suivait. Ce fut presque avec violence qu’il se saisit de la main de sa sœur, tentant par ce geste de lui faire tourner les yeux et d’y plonger son propre regard. La main de sa sœur était glacée, son regard était fiévreux, et bientôt de sa main libre il partit à la fébrile recherche de l’autre main de Marguerite. Tenant ainsi les deux marbres contre deux flammes, il les unit en une position de prière qu’il enveloppa de ses mains.
Cependant les mains blanches persistaient à garder leur froideur de neige, et, prit du désespoir de ne savoir les réchauffer, ainsi que du ivre délire que provoque la fièvre, il commença à en baiser les doigts avec une telle rage qu’on aurait dit, au temps que des larmes encore plus brûlantes que son corps coulaient de ses yeux, qu’il essayait là de réchauffer en vain le corps d’un noyé.

Sa sœur, alors qu’elle portait en elle une nouvelle vie, venait, autant par ses paroles que par son regard vide, d’exprimer le souhait de la mort.

Reginhart, totalement coupable du fait que cette âme déjà frêle se soit ainsi brisée, ne pouvait que se haïr d’avoir provoqué cette horrible situation. Et c’était bien de la haine envers lui-même qu’il mettait dans les baisers brûlants qu’il donnait aux mains de sa sœur.
Cependant il y avait quelque chose de ferveur dans son acharnement quasi bestial qu’il n’arrivait pas vraiment à contrôler malgré un effort surhumain que sa raison essayait d’opérer sur son corps. Partagé entre l’appel du sang à réchauffer et la divinité du contact entre ses lèvres et les mains de sa sœur, il semblait vaciller entre la ressemblance avec l’homme qui tua le cerf et celui qui embrasse les pieds de son sauveur. Il y avait là quelque chose d’on ne pouvait plus terrestre mélangé à quelque chose d’on ne pouvait plus divin. Quelque chose de l’appel du sang et quelque chose de l’appel du nom, quelque chose de l’appel de la chair et quelque chose de l’appel de l’âme. Il devait sauver les deux, réchauffer les deux, et ne savait pas comment s’y prendre. Il se laissait emporter par l’instinct humain tandis que son esprit cherchait des solutions profondes. Mais la froideur de l’âme lui était seulement imaginable alors que la froideur des mains était palpable sous son souffle et avait, par sa présence physique, énormément de pouvoir pour effrayer Reginhart, qui, quoi que l’on dise, était un homme.

De temps en temps, à court de souffle, entre deux sanglots et son acharnement à ne rien faire d’autre que de réchauffer le marbre, Reginhart était prit de la pressante nécessité de respirer et cessait de frotter son visage mouillé de larmes et de sueur fiévreuse contre les mains de Marguerite pour murmurer quelque supplication fervente à sa sœur.
Elle ne devait pas dire des choses comme ça, elle ne devait pas penser des choses comme ça, elle était en vie et lui aussi, c’était suffisant. Ils étaient à côté, et il ne la quitterait plus jamais, il le lui promettait. Il fallait qu’elle lui pardonne le moment de vacillement pendant lequel il avait faillit abandonner, ce moment de lâcheté complète, d’horrible résignation à cesser de sa battre. Il fallait qu’elle lui pardonne et qu’elle lui permette de se ressaisir, en se ressaisissant à son tour, elle aussi.

Il finit même par tomber à genoux devant elle.

***

Les mains furent pourtant bien forcées de céder devant un tel acharnement et peut-être aussi devant une telle fièvre.
Reginhart avait appuyé avec tendresse sa joue sur le ventre déjà bien rond de sa sœur et comme lorsque les enfants, ayant trop souffert et trop pleuré, s’apprêtent, inconscient à dormir du plus serein sommeil, il ferma les yeux et sa respiration se calma.
Le silence retomba avec la soudaineté avec laquelle, toutes les larmes ayant quitté son corps, l’homme avait été envahi d’une paix tranquille.
Un murmure, qui ne brisa pas le silence mais qui au contraire s’harmonisa avec lui, s’éleva doucement d’une voix déjà presque rêveuse.


Comment l’appelleras-tu, si c’est une fille ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Marguerite
Maîtresse de maison


Cantidad de envíos : 645
Fecha de inscripción : 09/09/2006

MessageSujet: Re: [RP] La couleur du désir   Dim 28 Déc 2008, 03:37

Il ne vint pas à l'esprit de Marguerite que son époux pourrait avoir des prétentions sur le nom de l'enfant. Dans cet espace clos du sang et de l'amour, il n'y avait qu'elle, son frère, et l'enfant à venir, sous l'œil esctoplasmique de leurs deux parents défunts.

Feu père fut pair... Feue mère fut maire... C'était une rengaine qui devait hanter les pensées de la jeune femme, pour le temps qu'il lui restait à faire son chemin sur cette terre. Une courte mélodie, une ritournelle qui s'imposait, qui harcelait chacune de ses pensées et faisait le siège de son esprit. Il ne fallait pas sombrer dans le culte des morts, et pourtant... Marguerite avait en elle trop d'amour et de respect.
Elle posa ses froides mains sur les cheveux de feu de Reginhart, doux, forts, et pria que l'enfant en eût de semblables, pour mériter son nom.


-« Jehanne Elissa de Volpilhat... »

Pourquoi avait-il demandé pour une fille, et non un garçon ? Sans doute par la conscience qu'ils avaient tous deux qu'une fille leur appartiendrait, mais qu'un garçon serait un petit Appérault, et sans doute l'héritier de Louis, puisque Jacques était aveugle. La réponse de la Fleur d'Oc avait, en tout cas, franchi ses lèvres sans qu'elle eût besoin de réfléchir ; c'était l'évidence même. Il fallait consacrer cette génération désormais éteinte, et donner son souffle à celle à venir. Les petites filles portent le nom de leur grand-mère, c'est dans l'ordre des choses.

Oui, il fallait que ce soit une fille, forte de son héritage... Et qu'elle vive. L'enfançon se manifestait contre le ventre de sa mère à grands renforts de coups de pied, qui heurtaient la joue de l'oncle. Etait-ce de protestation ou d'approbation, ou de la simple joie d'entendre une voix étrangère ? Reginhart n'était que bien trop rarement là, occupé de sa Couronne.
Avec un sourire doux, quoique torturé, la jeune femme repoussa son royal frère, pour qu'il se relevât, et leurs mains se quittèrent. Etait-il là seulement pour lui apprendre la mort de leur père ? Avec le Royaume qui était le sien, en de tels troubles... Son devoir n'était-il pas à gouverner ?
Elle eut un instant où sa conscience prit le pas sur sa passion, et regarda d'un œil étrange son frère. Mais vite, trop vite, ce sursaut de raison passa. Et elle retrouva la dolente langueur qui l'envahissait.

Les ors du levant investirent la Basilique Saint-Nazaire.
Marguerite reprit la main de son frère, comme une mère, celle de son fils, car elle avait cette force : elle avait déjà transmis la vie, et son frère ne connaissait pas encore cette force.
Il était temps de rentrer chez eux, dans cet Hostel qui avait vu leurs jeux d'enfants : l'Hostel des Malpertuis, rue de Cers, Carcassonne.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: [RP] La couleur du désir   

Revenir en haut Aller en bas
 
[RP] La couleur du désir
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Haradrim: quelle couleur?
» Couleur de la cape de haut elfe
» Schéma de couleur tyranide. votre avis .
» Couleur du pet
» Intrus... [PV: Couleur d'Opale]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Famille de Volpilhat - Familia de Volpilhat :: Fiefs des Volpilhat - Feudos de los de Volpilhat :: L'Hostel des Malpertuis :: Dans l'Hostel-
Sauter vers: