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 Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy

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Actarius d'Euphor



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MessageSujet: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Mer 27 Aoû 2008, 18:01

En mission pour l'Ost, le seigneur de Saint-Dionisy était arrivé au jour naissant aux remparts de Nîmes. Après avoir réglé quelques formalités, il fut enfin libre d'embrasser le projet de visiter son suzerain et de découvrir ses terres. Il s'était bien entendu renseigné sur son fief, où la culture de la vigne et les oliviers avaient la part belle, mais cela ne pouvait lui suffire. Il avait en effet pris la décision de répondre à l'honneur que lui avaient fait Louis-Raphael et Marguerite en faisant de Saint-Dionisy une terre riche, un lieu prospère dont ses suzerains pourraient s'enorgueillir sans jamais rougir.

Seul, sans escorte, il galopa en direction de Caveirac pénétrant bientôt en cette belle Vaunage que lui avait tant vantée Marguerite. Le regard alerte, balayant le moindre recoin aux abords de la route, il progressa alors tranquillement prenant plaisir à s'imprégner de l'astmosphère. Actarius avait bien entendu prit soin de passer un vêtement plus adéquat, il avait opté pour ne pas trop déroger à ses obligations militaires, pour une légère chemise de maille, surmontée d'une cotte d'arme orné de son blason. Un attirail de forme plus que de protection ou d'apparence, il fallait bien le reconnaître.

Il aperçut bientôt la colline où devait autrefois s'élevait la fameuse Roque de viou dominant ses terres. Un léger sourire aux lèvres, il traversa son fief pour gagner Calvisson et le château vicomtal. Il était encore trop tôt pour s'appesantir, Marguerite lui présenterait cette région bien mieux qu'il ne pourrait la découvrir par lui-même. Il fut néanmoins heureux de constater les nombreuses parcelles de vignes et le grand verger d'oliviers, d'autant qu'ils semblaient bien travaillés. Une petite chose le surprit cependant, il n'y avait pas même l'esquisse d'un village, tout juste cinq ou six maisons regroupées autour d'une petite église et quelques fermes de ci de là... aucune demeure seigneuriale au premier coup d'oeil en tous les cas. Des idées commencèrent alors à germer dans sa tête. Elles germèrent tant et si bien qu'il se retrouva devant les portes du château vicomtal sans s'en être réellement rendu compte.

Alors qu'un garde se présenta à lui, il annonça:


Veuillez annoncer le seigneur de Saint-Dionisy, Actarius d'Euphor.
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Marguerite
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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Lun 01 Sep 2008, 15:31

-« Et bien, et bien ! Allons, allons ! Euh.... Oc-bèn, Sénher ! »

C'était Bertomieu, le fameux garde des grilles du logis seigneurial, pour ce qu'il n'y avait pas de douves, autour du château perché de Cauvisson, l'ancienne demeure de Guillaume de Nogaret... Mais s'y substituaient fort avantageusement de hautes grilles et de hauts murs, qui ne parvenaient toutefois pas à masquer à la vue les deux donjons du vieux château.
Bertomieu n'était pas d'un caractère facile ; soit il dormait, soit il se plaignait, et ne manquait pas une occasion de remplir avec coeur son devoir de garde, presque mieux que ne l'aurait fait un chien. Et pourtant, son zèle lui avait parfois commettre quelque impair, comme lorsqu'il avait voulu embrocher de sa lance Julien Offray, qui était alors pourtant dans ses deux courts jours de régence du Languedoc.

Son regard se plissa, à travers les barreaux épais, et il scruta le nouveau venu. Oui, ça devait être ça. Il était assez bien rasé pour être un grand, il avait assez d'aplomb pour n'être pas un imposteur... Bertomieu souleva la barre de traverse, ahanant sous le soleil de cette fin d'été et cette fin de journée. Et la voie fut libre pour Actarius.


-« Pauleeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeet ! »

Le Paulet, qui remplissait en général le rôle de maître d'écurie ou de valet de pied, accourut au cri rauque du garde de la porte.

-« Té, guida me l'òme de lo vicomte o la vescomtessa... Es Actarius d'Euphor, lo sénher de Sant Dionizy... Dis. »

Et Paulet eut une révérence respectueuse, et dit, avec son fort accent d'occitan auvergnat :

-« Si vous voulez venir avec moi... Le Vicomte et la Vicomtesse sont au logis, enfin, la dòna Marguerite est dans les jardins avec sa sœur... Qui venez-vous voir ? »
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Actarius d'Euphor



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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Lun 08 Sep 2008, 14:40

Un léger sourire aux lèvres face à un accueil si franchouillard, le jeune homme se donna la peine de pénétrer plus avant dans la demeure vicomtal.

Merci mon brave, dit-il tout en descendant de sa monture.

Le seigneur attendit que l'objet de ce cri fit son apparition, ce qui ne tarda nullement. Un serviteur approcha et s'adressa à Actarius après une respectueuse révérence.

Je vous suis vers les jardins et ma suzeraine, le jour est en pleine magnifience, l'instant idéal pour profiter des jardins.

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Marguerite
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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Mer 10 Sep 2008, 00:12

Si l'accueil était bonhomme à Cauvisson, c'est que c'était l'écrin de la Fleur d'Oc où tout aux semblant et toute hypocrisie disparaissait. Il y avait bien trop de lieux, si ce n'était tous, où elle ne pouvait se résoudre à être tout à fait elle-même, qu'elle avait érigé en coutume l'entente cordiale, la sincérité et l'épuration des convenances, dans sa Vaunage.
Bien sûr, on devait s'y annoncer, et bien sûr on pouvait y être reçu par le maîre du logis en l'aula magna avec tous les égards et toute la préciosité du monde. Mais le plus souvent, ceux qui venaient à Cauvisson ne recherchaient pas cela.
C'étaient des serfs ou des paysans, des métayers ou des fermiers, qui venaient faire leurs doléances et que l'on écoutait paternellement. C'étaient des voyageurs de passage qui avaient assez de bon sang pour ne point loger à la petite auberge de la ville, mais manger à la table du seigneur et partager les nouvelles d'ailleurs. L'obséquiosité ne régnait pas au château de Nogaret. Plût au Très Haut qu'elle ne régnât jamais.

Alors que Bertomieu venait de refermer la grille, le Paulet lui demanda de conduire le cheval aux écuries : il s'en occuperait plus tard. Et reportant l'attention sur le seigneur, avec un sourire aimable, il l'invita à le suivre. L'entrée était au nord-est, et les jardins, au sud. Ils traversèrent la cour et passèrent dans l'ombre du château, qui s'étendaient fort en avant en cette fin d'après-midi, tournant obstinément le dos au couchant, depuis de longues, longues, très longues décennies. Il arrivèrent alors à l'arrière, dans les jardins qui sentaient bon la lavande et le thym, le laurier-rose et les citronniers. Assise dans l'herbe, dans une robe blanche vaporeuse comme une grappe de nuage - c'était le deuil pour la Reyne sa belle-soeur, mais ce n'était guère que par sentiment d'obligation et pour plaire à son époux qu'elle le portait - , à côté de Catalina, sa jeune soeur qui portait une robe bleue, en compagnie d'Adeline, la gouvernante de Catalina, et portant un oeil attentif sur une grande panière pourvue au seul effet de faire découvrir à Jacques d'Appérault, l'enfançon du château, l'air bucolique du dehors, maintenant qu'il était plus fort. Un peu plus loin et plus agité galopait dans l'herbe, de pissenlit en pissenlit, un petit garçon aux cheveux bruns, qui avait peut-être quatre ans.

Marguerite était penchée, avec Catalina et parfois Adeline sur un petit drap, où elles déposaient des feuilles, des fleurs, des graminées, et se questionnaient sur les propriétés des plantes et leur intérêt médicinal, petit jeu qui entretenait leur complicité, et apprenait mieux à Catalina les rouages de la langue d'oc, et ceux de la langue française, qu'elle maîtrisait avec encore quelques difficultés. Lorsque les deux hommes entrèrent dans ce sanctuaire paisible, le regard de Marguerite s'agita, dans la crainte que quoi que ce fût pût venir troubler la quiétude de ce rare moment de plaisir partagé avec tous les membres de sa famille qu'il lui était donné d'avoir si près d'elle. Elle hésita, mais ne se leva pas ; et tendant simplement le cou vers le haut, présenta ainsi son salut à Actarius, désormais près d'elles :


-"Sénher, soyez le bienvenu à Cauvisson. Si c'est une mauvaise nouvelle qui vous amène, allez la dire à mon époux, et laissez-moi le répit de cette journée, car je l'apprendrai bien assez tôt.
Mais si c'est une bonne nouvelle qui vous amène, ou simplement le plaisir de voir votre suzeraine, soyez mille fois le bienvenu, et rejoignez nous à terre, que nous parlions de l'air qu'il fait près de chez vous à Mende, et de votre famille. Le mienne est ici, sauf ceux qui ne le peuvent : Catalina, ma jeune soeur, qui fait de beaux progrès linguistiques, et Jacques, mon fils, qui aime ma voix, mais reste peu attentif aux jeux que je lui soumets : je crois que le Très Haut lui a offert d'être d'un tempérament peu contrariant, même si cela est à un point que je m'inquiète parfois. "
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Actarius d'Euphor



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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Mer 10 Sep 2008, 21:31

Le seigneur suivit le serviteur, impatient de découvrir plus avant le lieu de résidence de celle qu'il tenait en haute estime. Souriant de l'ambiance sereine et bonne enfant qui se dégageait de l'endroit, le jeune homme avançait détendu au travers des effluves chaleureuses du thym, de la lavande et d'autres plantes encore qu'il ne reconnut pas. Ce fut alors que se présenta un charmant tableau familial peint de simplicité. A cet instant, il se sentit parfaitement à l'aise, il ignorait encore bien des usages, les attitudes à adopter, mais là perdu dans cette errance de bonheur, marchant dans cette nature aménagée, sur cette terre qu'il aimait déjà tout était différent. Il approcha d'un pas assuré vers sa suzeraine, surprise dans un moment d'intimité. Il était certes désolé d'interrompre un tel moment, mais la joie d'avoir une occasion idoine pour découvrir un peu plus le mystère Marguerite l'emportait. Ainsi ne se laissa-t-il pas décontenancé par la première phrase de sa suzeraine, soudaine louve protectrice, gardienne d'un refuge du temps. Pire encore, il ne put réprimé une lueur de malice dans ses iris brunes alors que les paroles prononcées se faisaient plus douces. Alors qu'il s'était légèrement incliné, il osa une réponse d'un ton tout à fait amical.

Soyez certaine vicomtesse que je m'efforce de garder les mauvaises nouvelles pour mes ennemis, servit-il en guise d'amuse-bouche à cette champêtre assemblée que son regard commençait de détailler. Demoiselles, jeune homme, c'est un plaisir de vous rencontrer.

S'installant nonchalamment aux côtés de Marguerite, il poursuivit.

Je gage que les raisons de ma présence ici ne seront pas pour vous déplaire, du moins je l'espère. Mais veuillez tout d'abord excuser mon intrusion sans doute innopportune en ce lieu. J'étais si impatient de vous rendre visite et de découvrir Saint-Dionisy que j'en ai négligé de vous prévenir. Pour tout vous dire, je suis actuellement en mission pour l'Ost, mais étant stationné à Nîmes pour la journée et vraisemblablement la soirée, je n'ai pu résister à l'appel d'un détour par la Vaunage, à l'appel d'une visite amicale à ma suzeraine. Et j'avoue n'être nullement déçu d'y avoir répondu...

Embrassant la vue somptueuse qui s'offrait à lui depuis ce jardin, le jeune homme reprit.

... Vous vouliez des nouvelles de Mende ? Je vais vous en donner quelques unes. La vie a simplement repris son cours après mes noces, Nanelle a décidé de s'investir plus avant dans la médecine et semble bien résolue à développer la maison de soins, Mélisende a encore grandi et les organismes les plus rétifs se sont remis je crois de la fête qui a suivi le mariage. L'existence est parfois aussi calme que le Lot qui berce les nuits mendoises... aucun événement particulier n'est venu briser son flot serein depuis votre départ...

Son regard se fixa sur la colline derrière laquelle s'étendait son fief.

... Mais je suis un bavard intarissable, au point d'en oublier les questions qui me harcelaient en chemin. Comme "Comment se porte Marguerite depuis son départ de Mende, depuis la fin de son conseil ?" ou encore "Aurais-je l'audace d'arriver à l'improviste et de lui demander de bien vouloir m'introduire auprès de son mari afin que je lui prête également serment d'allégeance" et même je l'admets "Serait-ce tout à fait impoli de lui demander de bien vouloir me faire visiter Saint-Dionisy ?"...

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Marguerite
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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Mer 10 Sep 2008, 23:09

Alors que le seigneur s'était installé à terre, Adeline, elle, se releva, en silence, car elle savait qu'elle n'avait pas à rester, qu'elle pourrait gêner la conversation, la rendre moins libre, et tout du moins qu'elle avait mieux à faire au logis, pour que la visite, qu'elle fût courte ou longue, se déroulât au mieux et avec toute l'hospitalité dont la mesnie était capable.
Elle passa un doigt fin sur la joue de Jacques, remonta un peu ses langes que ses mains dégageaient à force de s'ouvrir et se refermer dans le vide, de faire des gestes d'étirement ou d'amusement, puis elle quitta le cercle et s'en alla vers le fond du jardin et le petit enfant gambadant : c'était son fils, au sujet duquel le narrateur se doit de confesser qu'il oublie tout le temps s'il s'appelait Zavier ou Clamenç.

Tout ce temps, Marguerite répondit à Actarius, avec une voix douce et presque teintée de mélancolie :


-"Si vous ressentez l'appel de la Vaunage, c'est déjà bon signe... Ceux qui n'en ressentent pas le battement de coeur ignorent ce qu'ils perdent, et j'aurais été bien triste que vous n'ayez point d'attrait - sentimental, magique, mystique, quel qu'il soit en somme - pour Elle. Si votre terre vous a appelé, alors je n'aurais pu lui trouver de meilleur seigneur, et ne saurai l'accuser de votre présence : vous êtes le mille fois bienvenu. Et comme vous ne pouvez décemment envisager de retourner à Nîmes avant la nuit, permettez que je vous offre l'hospitalité.
Ou sinon, nous pouvons aller à Saint-Dionisy, si le coeur vous en dit... A cheval cela fera moins d'une heure, vous verrez la terre au couchant : mais Saint-Dionisy prend la lumière du Soleil très tard dans la journée, et l'on peut y dîner sous ses rayons. En chemin et là bas je pourrai répondre à toutes vos questions. Et s'il lui plaît de nous accompagner, vous reverrez Louis et lui présenterez votre serment, selon la forme qu'il vous plaira."


Elle marqua une pause, eut une profonde respiration qui pouvait passer pour soupir, puis se redressa un peu, dans l'herbe, et passa sa tête sur les cheveux fins de Catalina, qui pouvaient encore se permettre, attendu son âge, d'être lâchés.

-"Le logis de Saint-Dionisy n'est guère encore qu'un petit mas, mais son austère confort a quelque chose qui m'enthousiasme... Qu'en pensez-vous ?"
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Actarius d'Euphor



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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Jeu 11 Sep 2008, 00:54

Actarius observait avec attention ces petites scénettes volées à la vie calvissonnaise tout en prêtant une oreille non moins attentive à Marguerite. Ainsi son regard teinté de cette si charmante terre de Sienne jonglait-il parfois entre sa suzeraine et la servante qui s'éclipsait.

J'accepte avec joie votre proposition de cavalcade et de repas au logis en espérant qu'il plaise à votre époux de nous accompagner...

Un petit papillon se posa alors négligemment sur la chevelure de la vicomtesse sans que celle-ci ne le remarquât. Cette image bucolique ravit un peu plus le jeune homme qui s'interrompit un instant pour suivre le destin de cet intru coloré. Un léger sourire aux lèvres alors que le lépidoptère impétueux reprenait le cours de ses pérégrinations florales, le seigneur reprit.

... Je serai honoré de le revoir et de réitérer mon serment. Vous savez, j'ai pris soin de me renseigner sur cette vallée avant de venir, mais aucune parole n'a eu autant d'impact que la vision qui s'offre à moi. Ma Marraine et vous-même ne m'aviez pas menti, la Vaunage dépasse et de loin ce que je pouvais me figurer. Les collines qui la cernent en font un délicieux refuge verdoyant, un endroit presque hors du temps, du monde, hors des ennuis qui les accompagnent. En chemin, j'ai pu voir à quel point le lieu est paisible, j'ai ressenti ce que j'avais déjà ressenti lorsque je marchais pour la première fois sous la cathédrale végétale qui mène à l'étang de la Muse non loin de Mende. Saint-Dionisy semble si calme... J'espère pouvoir conserver cette sérénité tout en donnant une impulsion nouvelle au fief que vous m'avez confié. J'ai vu des oliviers, des vignes, quelques champs de blé...

Une légère lueur apparut alors dans l'oeil du jeune homme.

Vous m'avez fait un magnifique présent... je ne saurai jamais comment vous en remercier... j'espère de tout coeur faire de Saint-Dionisy une fierté pour vous et votre époux. Il me tarde de découvrir plus avant la Vaunage et Saint-Dionisy. Merci Marguerite, merci.

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Marguerite
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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Jeu 11 Sep 2008, 06:29

La Vicomtesse hochait la tête de temps à autres aux paroles de son vassal, et c'est en se relevant avec mille précautions, tandis que Catalina se levait, plus brouillonne, plus folâtre, dans sa jeunesse encore insouciante, qu'elle répondit :

-"La Vaunage est l'ambassadrice de la beauté de la Création du Très Haut. La Vaunage est un giron maternel, dans lequel nous aimons revenir. Et je le ressens d'autant plus fortement que ma propre mère est partie bien trop tôt..."

Une légère apostrophe occitane à la gouvernante qui parlait, deux ordres brefs, celui d'apprêter des chevaux et un grand panier de vivres, l'autre de faire venir Louis, si tant était qu'il en eût l'envie.
Puis, nouveau silence, un silence aux couleurs chlorophyllées du jardin, un silence aux fragrances de fleur et d'humus.


-"Il n'y a qu'à un homme comme vous que j'aurais pu vouloir confier la Vaunage. Je conseille mon époux sur ses choix de vassaux pour ce fief ; car il ne ressent pas encore, je crois, l'âme de la Vaunage, et il ne faudrait pas que par ignorance il la dénature.
Vous savoir sensible à ses appas est le plus beau remerciement que vous pouvez me faire. J'ai confiance en ce que vous en ferez."
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Actarius d'Euphor



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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Ven 12 Sep 2008, 02:08

Le regard du seigneur plongea dans celui de sa suzeraine, si mystérieuse. Il se dégageait en ces instants un charme indéniable de cette dame, charme qui glissait comme un vaisseau sur les flots dans l'esprit d'Actarius. Sa marraine ne l'avait guère abusé, il avait bel et bien face à lui une des perles du Languedoc, un des biens les plus précieux du royaume. Alors qu'un sourire cordial se dessinait sur son visage, une résolution inébranlable se fixa en son coeur, celle de tout mettre en oeuvre pour protéger, préserver cette fleur rare, sa bienfaitrice.

Vos paroles me vont droit au coeur Marguerite. Plus qu'un vassal fidèle, vous avez gagné en moi un ami indéfectible. Je vous prie, vicomtesse, de ne jamais hésiter à faire appel à moi, de ne jamais hésiter à me demander d'accomplir ce que vous n'oseriez exiger d'un autre, quelques services que ce soit, dussent-ils me coûter la vie, je vous les rendrais à condition que vous le vouliez bien.

Le ton de ces paroles avait pris une sonorité solennelle et le sourire s'était quelque peu estompé pour dévoiler une moue sérieuse si rare chez ce jeune au caractère aussi impétueux qu'étaient sincère son langage. Il y avait tant de paradoxes dans cette âme encore délicieusement brute, froide et inaltérable au temps des querelles et des combats, chaleureuse et amicale dans les jours paisibles. Certes, un écrin avait été ouvert à la mort de Charlaine, mais la folie passagère qui s'était alors enfuie du coffret, n'avait pu que renforcer de ses douces caresses une volonté trop souvent changeante. Il n'était plus celui qu'on pouvait écraser et jeter dans le fossé, il était devenu confiant, serein, prêt à bondir à la gorge de la moindre injustice, prêt à défendre jusqu'au trépas les valeurs auxquelles il tenait tant.

Sa mine s'éclaircit alors qu'il reprit.

Le moment n'était sans doute pas bien choisi pour un tel sérieux, mais je tenais à ce que vous sachiez cela. Mais vous le savez, je ne suis pas toujours si solennel.

Détournant le regard sur Catalina, il lui glissa quelques mots.

Demoiselle, ne doutez pas un instant que vous pouvez également compter sur mon amitié et mon aide s'il vous plaît. Je suis en tous les cas heureux de vous rencontrer. Vous travailliez sur la linguistique à mon arrivée, si j'en crois votre soeur. J'ai en ma demeure à Mende une très modeste bibliothèque dont certains ouvrages pourraient vous charmer à condition que vous ayez le goût de l'aventure et des légendes de nos illustres ancêtres antiques. Avez-vous entendu parler ou conter quelques passages du "Roman d'Alexandre" d'un certain Alexandre de Bernais ? Si votre soeur me le permet, je pourrais vous en lire un jour quelques extraits choisis. Le verbe y est manié avec une élégance rare, une élégance digne des plus grands rhéteurs byzantins, avec goût et cette finesse toute française à l'image de ce que l'on peut trouver dans le "Tristan et Iseut" que connaît très bien Marguerite...

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Jacques d'Appérault



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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Lun 15 Sep 2008, 18:42

Les bavassages de Jacques, calmes et amusants, transpercent de temps à autre l'éther chaleureux de l'été. L'enfant aux yeux azurés ne regarde que les ténèbres, et Jacques use de ses autres sens.
Les fragrances bercent ses durées d'éveil. Sa nurse est lactée, sa mère sent les fleurs des champs, le père, la lavande des draps neufs, et sa tante le gâteau chaud.

Jacques arrête l'aparté, une effluve neuve. Celle des chevaux tout juste pansés. Fureteur, l'enfant cherche à appréhender les aspects étranges de ce parfum. Le bébé remue dans le berceau, et verse dans l'herbe verte.

Stupeur, avant de debuter un examen des fleurs près de sa tête. Jacques mâcha avec égards la paquerette juste attrapée.

Hum, c'est succulent. Qu'est-ce ?

Un appel à la mère.


Mama !
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Marguerite
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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Mer 17 Sep 2008, 00:22

Alors qu'Actarius s'entretenait avec Catalina, l'esprit de la Fleur d'Oc se surprit à vagabonder. Mais cela était-il encore surprenant ? Dès que son attention n'était plus sollicitée, c'est là qu'allait inlassablement l'âme de Margot : dans les limbes de la pensée, où l'on ne cesse pas tout à fait d'invoquer des formes et des couleurs, mais où rien n'a plus l'assurance d'une idée, la prestance d'un mot, l'impact de la logique.
Les concepts s'évanouissaient à mesure qu'elle les égrenait en pensées ; et plus elle voulait les saisir, plus ils lui échappaient. Elle entendait parler de bibliothèque, d'aventure, d'ancêtres, d'Alexandre, d'élégance... Tous ces mots se réagençaient en son esprit, formaient des taches de pensée, des tableaux d'imaginaire, et bien des envolées d'attention. Byzance, Byzance ! Iseut ! Iseut aux mains blanches ?

Alors que Catalina ponctuait d'un "Grandmercé Sénher Actarus, c'est très aimable à vous" à l'accent charmant d'Aragon la proposition du lettré visiteur, et que tous se trouvaient désormais debouts, un "Mama" résonna dans l'air. Le regard vague de la Vicomtesse s'aiguisa en un éclair. "Mama", "Mama", qui pouvait dire cela ? C'était bien une voix d'enfant, c'était un cri, mais de joie, d'alerte ?

Dans leur discussion, nul n'avait remarqué l'agitation de Jacques, on l'avait presque oublié ; le coeur de la mère fut saisi d'effroi, l'enfant ne devrait pas se trouver dans l'herbe, et s'il prenait mal ? N'avait-elle pas, avec Adeline, veillé tout l'après-midi à ce qu'il fût bien au chaud, et les draps remontés ? Le voilà qui rampait, au sol, comme on ne le lui autorisait d'ordinaire que dans la chambre, après lui avoir ôté ses langes sales, et avant de le lui en remettre de propres. Engoncé dans son fagot de linge, ses bras seuls, qu'on lui laissait libres, depuis qu'il commençait à en faire usage pour tâter ce qui l'entourait, accrocher les rideaux du berceau, ou les fripes de la nurse, le supportaient cette fois face à l'inconnu.
Il avait à peine enfourné dans sa bouche curieuse une pâquerette, et signalé la joie de sa découverte, que Marguerite l'avait élevé dans ses bras, collé contre son sein, puis avait déposé un baiser sur son front duveteux. Grand dieu, ces yeux ! Ce regard mettait toujours mal à l'aise la Fleur d'Oc, et ce n'était pas qu'elle manquât d'amour pour son enfant. Mais elle avait l'impression parfois qu'il n'avait pas idée de ce qu'il était pour elle... Elle avait l'impression qu'il n'était concerné par rien, ni personne. Qu'il l'appelât, à ce moment où son esprit était évaporé, semblait d'autant plus étrange.

La ramenait-il vers le jardin du château, lors qu'elle était déjà dans les nues ? Pauvre enfant... Sa mère commençait à entrevoir qu'il avait 'quelque chose', que c'était anormal peut-être. S'il aimait tant les pâquerettes, pourquoi ne pas lancer plus souvent des cris de joie en arrivant dans le jardin ? Et pourtant, à voir comment Jacques mâchonnait les pétales, à voir ceux collés sur la commissure de ses lèvres, qui semblaient lui manquer, ce devait être à son goût.


-" Mon cher, mon doux, mon tendre petit... "

Et de sa voix occitane elle le berçait, et elle baisait son front, et elle en oublia de relever l'allusion d'Actarius au jeu qu'il avait organisé... Plus elle s'acheminait vers la découverte du mal de son fils, plus ses idées s'en approchaient, et plus elle le chérissait, comme craignait qu'il n'en sortît plus fragile, qu'il en fût mis davantage en danger.
Et puis elle releva finalement la tête, et Actarius et Catalina étaient encore tout près.

Lentement, elle prit la direction du château, pour profiter quelques instants de plus de son fils, qui resterait là, alors qu'elle traverserait la Vaunage d'ouest en est.
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Actarius d'Euphor



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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Jeu 18 Sep 2008, 12:16

Etrange scène à laquelle, le jeune homme assista d'un oeil, étrange car presque irréelle. Comment aurait-il pu deviner un côté si maternel chez sa suzeraine ? Il connaissait son côté protecteur, mais ne savait certes pas pourquoi elle serrait avec tant d'ardeur l'enfant, pourquoi elle avait semblé aussi tendue au moment du cri innocent. S'il n'avait pas eu d'enfants lui-même encore, le seigneur s'était occupé de Mélisende depuis sa naissance, il était lui aussi protecteur, tout comme son épouse par ailleurs. Mais à cet instant, il eut l'instinctive impression que quelque chose cloché dans cette attitude par trop démonstrative chez cette dame qu'il connaissait plutôt réservée.

Il offrit son bras à Catalina.


Votre soeur est une louve protectrice avec son fils, glissa-t-il en souriant. Je ne la connaissais pas sous ce jour-là... Prenez mon bras demoiselle nous allons la suivre de loin, histoire de la laisser profiter de son enfant encore un peu avant la promenade à Saint-Dionisy.

Le ton du jeune seigneur était calme et posé, rien ne laissait transparaître les réelles questions qui se faisaient jour dans son esprit, rien ne trahissait la curiosité qui était la sienne.

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Marguerite
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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Jeu 18 Sep 2008, 17:58

La jeune fille prit le bras avec grâce et légèreté, comme on lui avait apprit à le faire. Et dans un occitan qui commençait à se faire bon, elle répondit :

-"C'est une Volpilhat, Sénher Actarius. Je crois qu'elle est comme les mères volpilh, elle protège ses petits. Mais elle veut peut-être juste être comme notre mère. Elle m'a dit qu'elle était comme ça, mais moi, je ne m'en souviens pas. Vous vous souvenez, vous, de quand vous étiez tout petit comme ça ?"

Et la petite fille, qui jouait à la grande, réprima à temps l'envie qu'elle avait de se pencher vers le beau papillon chamarré qui s'était posé à ses pieds. Et lorsqu'elle fit un autre pas, il s'envola, et ce fut tout.


Et Marguerite marchait, et elle caressait la joue de Jacques, qui posait son large regard clair sur elle, comme au premier jour, un regard immobile que les mouvements des doigts fins de la mère sur la peau de l'enfant n'agitaient jamais. Et elle priait, elle chantonnait à voix basse quelques vers au Très Haut, dont les notes s'égrenaient dans une languissante lenteur.

-"Seigneur, accorde-moi la paix
Seigneur, donne-moi le courage
Pour lui que j'aimerai
Par-delà tous les âges.

Seigneur, protège mon sang
Seigneur, donne-moi le temps
De lui apprendre l'amour,
Pour qu'il t'aime, toujours..."


Et ainsi, ils arrivèrent dans la cour, devant la porte du château, et Adeline arrivait, ayant donné tous les ordres, avec quelques paniers de draps et de vivres.

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Actarius d'Euphor



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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Mar 30 Sep 2008, 19:55

Actarius et Catalina continuaient de suivre une maternelle Marguerite.

-"C'est une Volpilhat, Sénher Actarius. Je crois qu'elle est comme les mères volpilh, elle protège ses petits. Mais elle veut peut-être juste être comme notre mère. Elle m'a dit qu'elle était comme ça, mais moi, je ne m'en souviens pas. Vous vous souvenez, vous, de quand vous étiez tout petit comme ça ?"

Mes souvenirs sont baignés des plaisirs simples de la vie paysanne. Mes parents n'ont jamais été très riches et ils m'ont élevés avec des valeurs qui sont encore aujourd'hui miennes. L'amour du Languedoc ne me vient pas d'ailleurs que de leurs formidables exemples. Je me souviens des soirs d'hiver où le feu crépitait dans l'âtre alors que ma mère préparait un succulent aligot et que mon oncle, s'il était par le plus grand des hasards présent, et mon père se rappelaient au bon souvenir des vieilles légendes gévaudanaises, du martyre de Saint-Privat à l'histoire de l'enfant et du loup...

Le regard du jeune homme devint rêveur à l'évocation de ses douces souvenances.

Parfois, mon oncle, de retour de l'une de ses longues errances, nous contait des légendes de Bohême, du nord de notre Royaume. J'adorais ces moments-là, j'adorais aussi l'entendre jouer du luth. Il m'a d'ailleurs transmis un peu de son art, mais je suis d'avoir son talent, il faut bien l'admettre...

Devisant encore quelques instants, ils débouchèrent sur la cour à la suite de la vicomtesse alors qu'étaient apportées les victuailles nécessaires au repas qui allait bientôt se déguster sur les terres de Saint-Dionisy.

Si vous saviez Catalina, votre soeur a fait de moi un nouvel homme, il me tarde de découvrir Saint-Dionisy. Allez-vous nous accompagner ?

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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Mer 01 Oct 2008, 20:02

L'enfant avait un peu de mal, parfois, à comprendre tout ce qu'on lui disait... Car le castillan et le catalan étaient les seules langues qu'elle parlât sans défauts. Et il lui fallait, au moins, se concentrer beaucoup, pour ne rien perdre des paroles de son interlocuteur. Mais son regard clair et son sourire frais la faisaient immédiatement pardonner, lorsqu'elle montrait les signes de l'inattention. Elle saisit certains mots, qui, isolés, avaient un caractère mystérieux qui n'était pas pour lui déplaire.

-« Je ne connais pas, aligot, mais j'aime les légendes, et le luth, c'est un peu une harpe, je crois, j'en joue. »

Et puis elle lui fit un sourire heureux, car à l'inverse de sa soeur, cette enfant n'était jamais triste, même seule... et courut vers Adeline, pour demander s'il y avait dans le panier des pâtes d'angélique : c'était sans doute là la réponse la plus affirmative qui fût à la question sur laquelle avait terminé le Seigneur de Saint-Dionisy.

Et Marguerite, ayant remis Jacques à sa nourrice, après un dernier baiser, se tourna vers le Seigneur de Saint-Dionisy qui arrivait.

-« Tout est prêt, Sénher, pour notre épopée, en quête des secrets de Dyonisos... Chevaucherez-vous à nos côtés, ou prendrez-vous la voiture avec nous ? L'air est encore bon, mais la course du soleil ne souffre pas qu'on la retarde. »

Car le Paulet, fidèle aux Malpertuis depuis longtemps, depuis avant même la naissance de Marguerite, et désormais bien trentenaire et père aussi, avait affrété la calèche ouverte, car le ciel était beau, et l'on ne craignait pas, de là à l'autre versant de la Vaunage, que la pluie n'interrompe la promenade. Ainsi quel que dusse être le choix d'Actarius, il lui serait loisible de converser avec sa suzeraine, et d'apprendre les histoires vaunageoles.
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Actarius d'Euphor



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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Mer 01 Oct 2008, 22:38

Il se dégageait un charme indéniable de la jeune soeur de Marguerite, un charisme particulier où se côtoyaient innocence et rêve, pureté et curiosité. Le caractère, qui se dévoilait à lui au fur et à mesure des échanges, avait quelque chose d'envoûtant, de mystérieux, quelque chose d'attendrissant, d'attirant. Sourire aux lèvres, il pensa à son épouse qui aurait tressailli de jalousie devant cette scène...

L'aligot est un plat typique de Mende, un repas solide à base de fromage fondu, de crème servi avec du pain et de la saucisse. Une nourriture pour le moins consistante...

Cette précision donnée, Catalina lui lâcha le bras et courut vers la dame de compagnie. Pour sûr, elle les accompagnerait. Alors qu'il observait la demoiselle, Actarius se fit surprendre par sa suzeraine... Légèrement prit de cours, il posa finalement son regard sur elle.

Parfait ! Je chevaucherai à vos côtés pour cette épopée. Mais il me faudra prendre garde, plus d'un homme a souffert d'avoir cherché les secrets de Dyonisos...

Sur ces paroles, qui l'avaient ramené à quelques vieilles légendes païennes, sombres histoires de castration, le Seigneur aida sa suzeraine, puis Catalina à grimper dans la calèche d'une main bienveillante, puis se hissa lui-même sur sa monture.

Mesdames, je vous suis et surtout vous écoute, j'ai tout à découvrir ici.

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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Lun 06 Oct 2008, 02:03

La main d'Actarius était la bienvenue, car Marguerite restait encore dans le vague de la frayeur qu'elle s'était faite avec Jacques. Cher, tendre Jacques ! et assise dans la calèche, son cœur vibra à l'élan du Sénher Actarius :

-"Mesdames, je vous suis et surtout vous écoute, j'ai tout à découvrir ici."

Alors que Catalina avait du mal à contenir le frétillement qui accompagnait tout début de voyage, un léger rire s'échappa de la gorge de Marguerite :

-"Il y aura plus à voir qu'à savoir, Sénher, et plus à donner qu'à prendre sur cette terre : c'est vous qui ferez son histoire et son nom, et je prie que l'on ne puisse un jour le dissocier du vôtre !"

Et c'est sur ces mots qu'ils franchirent les grilles qui marquaient l'enceinte du vieux château à deux donjons de Guillaume de Nogaret.
La route descendait sur le flanc du roc, et traversa la petite ville de Cauvisson, dans laquelle s'agitaient la vie et les poules, où l'on entendait quelque femme tancer son petit, ou quelque crieur agiter sa clochette. Le regard de la Vicomtesse était attentif, chaque fois qu'il se posait sur les murs de cette ville. Ils ne lui appartenaient pas, car bon nombre de Cauvissonnais étaient des hommes libres, mais elle était la garante de leur justice, et de la gestion générale de la ville... Elle veillait sur eux comme sur de bons neveux aimants ; et c'eussent bien été là les seuls neveux qu'elle devait jamais avoir.
Puis ils sortirent de l'enceinte de la ville, au milieu des vignes et des champs de blé. Il n'y avait pas, de ce côté-là, d'oliviers, quoiqu'ils dussent en retrouver à leur arrivée à Saint-Dionisy, qui n'avait pas un tel blason pour rien. Ils tournaient le dos au soleil, et allaient d'un bon train, même s'il arrivait que Marguerite arrêtât le Paulet, comme elle le fit lorsqu'ils en furent à traverser le Rhôny.
Elle descendit même de calèche, pour s'appuyer sur le rebord du pont.


-"Quand je n'étais pas encore mariée, quand je portais le blanc tous les jours... Je venais parfois sous bon chaperon me baigner, l'été, dans ce Rhôny, Sénher... Ce Rhôny a creusé la Vaunage, et l'on se croit ici comme au milieu d'une grande assiette creuse ; et si à Vergèze on élevait un grand mur, sans doute le Rhôny nous noierait-il tous bientôt, et il faudrait se réfugier sur les hauts de Saint-Dionisy, voire même au sommet de la Roque de Viou... Les bords de la Vaunage sont aussi abrupts que sa plaine est tendre, voyez... Et c'est le Rhôny qui en fait une vallée. Vous savez... Vaunage, c'est Valnage, comme Cauvisson est Calvisson, ou Malpertuis est Mauperthuis... Le Val de Nages, le Val d'Anages, Valanages, et que sais-je..."

Elle tourna la tête vers lui, levant un peu les yeux pour le voir, près de son épaule :

-"Anages est plus loin, là bas, un peu au sud-est, accolée à Serorgues. J'ai hésité à vous en faire le seigneur, c'est une belle terre - comme tout, en Vaunage ! - C'est juste au sud de la Roque de Viou, et Saint-Dionisy au Nord... Mais j'ai assez de respect pour vous pour ne pas vous faire le Seigneur des ravis de la crêche... "

Elle étouffa un rire qui aurait presque paru taquin.

-"C'est ainsi qu'on les appelle, ceux d'Anages-et-Serorgues, hi Badau... Mais j'aime Anages, même si je m'en ris. Sans Anages, il n'y aurait pas de Vaunage, pas de marguerites dans les prés, sans Anages, il n'y aurait pas Saint-Dionisy... Et si je parlais de Dyonisos, tantôt, au sujet de Saint-Dionisy, c'est que cette terre n'est sans doute pas si pieuse que sa maîtresse ! Anages, et la Vaunage même, on dit par ici que ça vient d'Anagia, une déesse des Sources... Les sources..."

Et pensive, Marguerite écoutait le ruissellement de l'eau et regardait les flaques de lumière danser à sa surface. Oui, la Vaunage était sa source.
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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Dim 19 Oct 2008, 16:24

Le voyage initiatique commençait. Le cortège s'engouffrait au fur et à mesure du trot des chevaux dans l'esprit, le coeur de la Vaunage. Le jeune Seigneur de Saint-Dionisy écoutait avec attention la moindre des paroles de sa suzeraine et guide de qualité. Chacune des variations de sa voix le familiarisait un peu plus avec l'âme de la région. Le regard d'Actarius se perdait sur le cours, ruisselant encore de soleil, du Rhôny, il suivait les contours du paysage au fil des explications de Marguerite. Il s'arrêta sur ce petit sommet, cette Roque de Viou, derrière laquelle le destin d'une terre s'offrait à lui.

Bien des questions lui venaient à l'esprit, mais il préférait les garder pour le repas n'ayant pas le coeur d'interrompre le flot mélodieux des descriptions, anecdotes de sa bienfaitrice. Il demeurait silencieux, observateur et sans doute un peu rêveur comme l'indiquait le petit sourire dessiné par le contour de ses lèvres.

La découverte se poursuivit tant et si bien qu'il pût bientôt humer les effluves fruitées des oliviers déjà dénudés de leurs fruits, qu'il pût bientôt apercevoir quelques paysans s'activer sur les coteaux où les grappes du vignoble seraient bientôt cueillies. Bientôt se découvrit une chapelle, plus qu'une véritable église... Saint-Dionisy, un petit hameau, cernés de culture en tous genres. Il y en avait tant que le Seigneur comprit rapidement qu'on avait recours à des saisonniers pour les périodes de récolte, de moisson, de semis... Impossible en effet qu'un si petit hameau puisse abriter une main d'oeuvre suffisante. Pour sûr, beaucoup de choses étaient à accomplir, à améliorer ici. Tout était encore à faire comme avait prévenu Marguerite. Mais nulle crainte n'émaillait le sourire d'Actarius dans l'esprit duquel mûrissaient déjà quelques idées. Le repas serait l'occasion rêvée d'en faire part à Marguerite.

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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Lun 27 Oct 2008, 23:54

Le temps qu'ils arrivassent à Saint-Dionisy, le couchant les abreuvait, en ce début septembre, de ses rayons, et ces dizaines et dizaines de fourmis, de travailleurs saisonniers, qu'ils avaient vus au loin à l'œuvre dans les champs, commencèrent à rentrer leurs outils et prendre le chemin poussiéreux qui les ramenait chez eux.
Dans la plaine vaunageole roussissaient les meules de paille, que l'on amassait après avoir battu le grain. Les vignes étaient vertes encore, et les mains s'affairaient dans les feuilles, et les dos ployaient sous les panières pleines, et les charrettes allaient, jusqu'au pressoir où le raisin trouverait sa fin.
Après le Rhôny, la Fleur d'Oc avait dit encore quelques mots sur la Vaunage, sur Saint-Dionisy... Mais bien vite, le voyage était devenu une contemplation muette de la Création. Ah, le Très Haut n'avait pas manqué ce coin de paradis !

Le calme envahissait Marguerite, alors qu'elle peinait à trouver d'autres mots, pour décrire la terre sur laquelle ils arrivaient.

Catalina, en revanche, ne manqua pas de demander l'autorisation de bondir hors de la calèche, comme à son habitude ; car à l'approche de Saint-Dionisy, elle ne pouvait réfréner l'envie de bondir, de sautiller sur les cailloux de la route, une dernière fois, avant d'arriver, avant de s'attabler et rester, encore, assise.

Des enfants et des poules accoururent du petit bourg, et un chien, dont Marguerite craignit aussitôt qu'il ne fût dangereux, ou enragé... Mais son affection tout animale n'avait d'égal que le bonheur manifeste que Catalina avait à le caresser.

Marguerite les fit traverser le hameau, où ils ralentirent pour saluer les femmes qui cousaient sur le perron, aux dernières lueurs du jour, et ils arrivèrent à une bâtisse un peu à l'écart, peut-être pas la plus grosse, mais, c'était un fait, la plus déserte. A peine arrêtés, Marguerite donna une bourse à Adeline, et lui commanda d'aller prendre au village de quoi manger, ce soir-là, pour eux tous.


-« Et bien... Voici pour l'heure le seul mas que le Seigneur ait pour lui à Saint-Dionisy, pour l'instant, Messer Actarius. Vous en aurez les clefs, bien sûr... Je gage que la poussière a dû faire son sort à la bâtisse, mais le temps que nous mangions, Paulet et Adeline auront enlevé le plus gros, et ils mangeront après.

Nous y allons ? »
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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Mar 28 Oct 2008, 00:44

Ce sera parfait Marguerite, j'ai connu bien pire lors de mes missions pour l'Ost vous savez... Et pour être tout à fait franc, je crois que n'importe quel lieu me serait agréable en compagnie de ma bienfaitrice, surtout lorsqu'il est question de mieux la connaître, de mieux percer le mystère qui la voile parfois.

L'audace de la franchise avait pris le dessus. En l'absence de Catalina, le jeune homme se laissait aller à la confidence et aux paroles du coeur. Sans doute maladroitement, sans doute de manière innapropriée... l'envie de se rapprocher d'elle en cette occasion était plus forte. Elle semblait si fragile, si seule, comme une icône en une contemplation figée qui aurait attendu son martyre. Il découvrait ce jour-là une nouvelle femme, femme qui l'avait déjà vue se dessiner lors de son mariage, loin de sa force, de sa persévérance dans le travail.

Tant de dévouement à son comté, tant de dévotion, tant d'amour pour son fils et cette crainte, légère, lanscinante de s'accorder un peu de bonheur peut-être... La vision que c'était faite le jeune homme était sans doute éronnée, trop hâtive, prétentieuse, mais il ne mentait jamais avec ses ressentis. La perception de la solitude, qu'il avait en cet instant en observant sa suzeraine, guida ses phrases.

Je vous connais peu Marguerite, mais... j'ai l'impression... je vois en vous comme une profonde nostalgie...

Un léger soupire...

Les mots ne viennent plus, ils m'abandonnent... je ne veux pas vous offenser ou me montrer trop familier et pourtant quelque chose me pousse vers vous, me pousse à vouloir vous comprendre, vous aider peut-être. Il y a ... je sens comme une zone d'ombre...

Un petit sourire gêné...

J'ai l'air ridicule n'est-ce pas ? On dirait un avorton qui se prend pour un philosophe, un ignorant qui se veut ami. Laissons cela... je suis stupide. Cela ne me regarde pas et puis aucun vassable n'a déjà dû se permettre telle familiarité avec sa suzeraine. Je vous présente mes excuses.

Le jeune homme proposa son bras à Marguerite.

Je serai sans doute meilleur appui ainsi qu'en brisant le silence agréable de ces lieux avec mes sottises. Saint-Dionisy est un petit hameau... Je pense toutefois que la venue d'un Seigneur poussera quelques gens à s'y établir... j'ai fait quelques recherches sur les bienfaits de l'olive, elle peut devenir un commerce extrêmement rentable et bénéfique pour le développement du fief. Les vignes permettront des soirées animées sur la place du village... Et les cultures de grain... quel cadeau merveilleux vous m'avez offert, il me tarde de vous faire honneur en le développant !

Et son regard de se perdre. Il avait totalement varier le propos, tâchant de faire oublier son élan du coeur inconvenant qui formait déjà regret en son âme. Quel besoin avait-il eu de s'égarer ainsi, de s'adonner à ce qui serait appelé quelques siècles plus tard de la psychologie de bas étage ? Il avait été ridicule.... digne d'un jouvenceau épris d'amour alors qu'il ne voulait être qu'un ami. Chose rare, les joues d'Actarius rougirent.

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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Jeu 30 Oct 2008, 03:42

La jeune femme n'avait rien dit. Elle avait baissé la tête, et lissé les faux plis de sa robe, pour mieux écouter, pour mieux comprendre, et ne point laisser lire sur son visage ce qu'elle en pensait. Mais qu'elle baissât ainsi la tête, c'était déjà une expression de son embarras, de sa gêne, enfin, des questions que cela pouvait éveiller en elle : on ne se pose pas de questions tête relevée. Se poser des questions, c'est une démarche d'humilité qui ne convient qu'aux yeux baissés.

Avait-elle conscience du mystère qui se faisait autour d'elle ? Certes non. Elle se contentait, tout bonnement, d'être, et de n'être point trop mal. De souffrir, en silence, et de louer le Très Haut pour sa vie, qu'Il lui avait choisie. Lorsqu'on évoquait parfois sa distance, elle s'en sortait avec un sourire, avec un mot plaisant, parce qu'elle ne cherchait pas à comprendre. La vie était si simple, en se laissant porter par ses convictions. Les siennes s'étaient fixées dans l'autorité parentale, dans la foi, dans le devoir ; mais c'est sans doute avec plus d'amertume qu'elle n'aurait voulu, qu'elle répondit, faisant bien fi des excuses et des diversions qu'on lui présentait :


-« S'il avait fallu m'aider, c'eut été de briser le moule dans lequel la nature m'a jetée. Actarius, vous n'êtes pas né de sang royal. Vous n'avez pas été éduqué à ne pas gouverner votre vie.
Il n'y a pas d'offense à s'enquérir du cœur d'une amie qui semble égarée, Sénher. Mais je ne suis pas égarée, je sais, oh... Je sais peut-être trop là où je vais. C'est peut-être juste ma résignation, que vous plaignez. »


Elle expira profondément, et releva le visage, un visage décomposé pour un regard éploré.

-« Vous épousez celle que vous aimez, et vous faites ce que vous souhaitez. Ce que vous plaignez, c'est... c'est une chose que vous ne vivrez pas, Actarius. »

Alors sa douce main saisir le bras qu'on lui offrait, non sans retard.

Souviens-toi que ton visage a été créé pour regarder vers le ciel... Voilà l'enseignement pieux de ma mère, qui résume ma foi, et le Soleil divin est la seule lumière sur mon visage.
Qu'elle aie la fierté de la fortune de notre maison, et que... et que jamais elle ne doute que ceux de notre sang naissent non pour les plaisirs, mais pour... pour les devoirs. Voilà l'enseignement de mon père, qui résume ma vie.
J'ai pleuré ma sœur, j'ai pleuré ma mère, que j'ai vue, de mes yeux d'enfant, bouffie et bleuie d'eau de mer. J'ai pleuré mes sept cousins, brûlés dans l'incendie de leur Hostel à Limoges. J'ai pleuré Apolon de Liercourt, qui m'était un ami, trop vite pris par la guerre. J'ai pleuré ma belle-mère, et j'en ai pleuré tant d'autres encore !
Mon père maintenant est manchot, mon frère est roi, pour le meilleur, et le pire surtout. L'Aragòn, mon sang, et ces devoirs, nous arrachent à nos plaisirs, nous arrachent même la joie simple de se voir, en famille...

Nous sommes chacun en exil dans nos propres obligations. Alors au moins les remplir avec abnégation, et prier ! Car sans le Très Haut, aurions-nous la force de passer au travers de ce qui nous déplaît ?
Je me suis retirée de mes obligations à la Chancellerie, parce que je n'en pouvais plus ; je serais morte de donner autant... Et pourtant, je ne souhaite rien recevoir, et certainement pas de l'apitoiement. Je voudrais maintenant simplement vivre en Vaunage, louer le Très Haut, et recréer un coin de bonheur, avec certains de ceux qui me sont chers. C'est pourquoi je me réjouis de vous voir un jour amener votre famille ici, et que Mélisende rie avec Catalina sous les oliviers... Je ne souhaite rien de plus, je crois. C'est égoïste, sans doute... »
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Actarius d'Euphor



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MessageSujet: Re: Une première visite du Seigneur de Saint-Dionisy   Dim 02 Nov 2008, 17:31

Le Seigneur avait écouté religieusement les paroles de sa Suzeraine. Il les avait certes dégustées avec une certaine amertume, mais sans que cela ne vînt remettre en doute le plaisir qu'il éprouvait d'être en compagnie de Marguerite. Lorsqu'elle releva son visage, son regard, il lui trouva même une improbable beauté, de celles qui se dévoilaient dans les confins même de la solitude. Il fut attendri tout autant quil avait été embarrassé d'avoir osé dévoiler ses pensées. Il fut attiré par ce désespoir, cette résignation qu'il lui semblait transparaître des propos tenus par la Vicomtesse.

Quand bien même vous fûtes égoïste un instant, ce ne serait que justice après avoir tant pensé aux autres... Je n'ai aucune pitié pour vous, Marguerite, simplement du respect, de l'admiration même. Votre vie, votre manière de la traverser envers et contre tout guidée par le devoir et la vertu est rare, trop rare malheureusement. Vous avez raison, je ne peux vous comprendre, je ne connaîtrais peut-être jamais les malheurs que vous avez endurés, je ne pourrais même les souffrir à votre place. Et c'est bien un grand malheur pour moi qui vous dois tant. La seule chose que je puisse faire... est je crois de vous prêter mon bras et mon oreille si vous en voyez l'utilité. Je vous l'ai déjà affirmé et le réaffirme encore, vous avez toute mon amitié et cela n'a jamais été un vain mot pour moi.

Un léger soupire alors que ses yeux s'égarèrent un instant sur le ciel qui déjà se voilait de l'ombre d'une fin d'après-midi.

Je suis comme vous pouvez le constater souvent maladroit, mais s'il est bien une chose qu'on ne peut me reprocher, c'est de ne pas être fidèle à ma parole. Le jour arrivera bientôt où ma famille viendra découvrir la Vaunage...

Il s'interrompit soudainement en apercevant, du moins lui semblait-il, Catalina.

Mais voilà votre soeur qui revient déjà...

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