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 Raviver les souvenirs des origines

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Clémence de l'Epine

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MessageSujet: Raviver les souvenirs des origines   Ven 04 Avr 2008, 17:29

Et arrive le convoi qui mène la demoiselle de l’Epine jusqu’aux portes de Calvisson. Seule, sans l’être tout à fait, accompagnée d’une troupe d’hommes armés et de quelques domestiques. Ça n’aurait été que pure folie de laisser voyager une damoiselle de si noble naissance sans bonne escorte pour la veiller.

On la laisse entrer jusque dans la cour et rapidement un tout jeune valet, tout en courbettes et bredouillements incompréhensibles, vient aider la jeune Clémence à mettre pied à terre.

La route avait réveillé de vieilles courbatures et c’est la nuque raide et les jambes engourdies qu’elle descend de la voiture. Cette visite ci serait sans nul doute plus agréable que celle de Meymac, qu’elle quittait, même si la lettre reçue naguère ne lui laissait pas présager le meilleur quant à la santé du maître des lieux.

Elle appose sur son visage un sourire avenant qui vient égayer quelque peu sa mine contrariée et fatiguée. On viendra bien l’accueillir et la mener ensuite à Louis… Et elle réussirait alors peut être à raviver en lui quelques forces, de par leurs origines communes. La Champagne. Et l'Epine.
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Louis Raphaël d'Appérault

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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Dim 06 Avr 2008, 22:53

Les joutes pascales étaient terminées, et le couple vicomtal était revenu en ses terres de Cauvisson. Cela faisait déjà plusieurs jours et en Vaunage la vie avait reprit son cours. La grossesse de Marguerite avançait, aussi ses journées se consacraient-elles de plus en plus au repos, pour préserver le futur enfant. Et Louis, et bien, si le mal était passé, il restait encore isolé. Ne connaissant pas encore la langue d'oc, il préférait la solitude. Au moins n'avait-il pas à se reprocher d'avoir quitté Melun.

Enfin, il avait un peu d'espoir, celui que Clémence ne fasse ce qu'elle disait dans sa lettre. Clémence. Fille de celle qui avait pourvue à son éducation de jeune noble, il avait côtoyé la demoiselle, qui n'était alors qu'une enfant. Et bientôt, elle serait comme un peu de Champagne en pays d'Oc, manière de se sentir enfin un peu chez lui.

La journée touchait à son but, le soleil se couchait lentement sur la plaine qui s'étendait au delà des portes de la ville. Louis était à la fenêtre de la plus haute chambre du donjon, où il séjournait encore. Bientôt, il retournerait dans le logis vicomtal. Regardant les terres, qu'il commençait à connaître à force de les observer de son logement provisoire, reconvertit en observatoire. Et chose peu courante, un grand bruit se fit bientôt entendre dans la cour. Un attelage, et une solide escorte. Le jour était encore suffisant pour qu'il jette un coup d'œil aux armes qui ornaient. Ses connaissances héraldiques étaient superflues, il les avait vu durant de longues années. Clémence était là.

Alors, un sourire revenu à ses lèvres, il quitta le sommet de sa tour, et en descendit les escaliers, pour aller au devant de son invitée. Et c'est avec un brin de soulagement qu'il souhaita la bienvenue à la demoiselle :


"- Bonsoir, Clémence. C'est une joie de vous accueillir en la Vaunage. J'espère que vous avez fait bon voyage depuis le Limousin et que vous vous portez fort bien."
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Louis Raphaël d'Appérault

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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Dim 06 Avr 2008, 22:53

Clémence de l'Epine a écrit:
La damoiselle s’occupait de donner quelques directives aux gens de Villorceau ou de l’Epine qui l’accompagnaient. Elle agissait d’une voix lasse et agacée. Rien n’allait assez vite à son goût, les chevaux n’étaient même pas dételés et ses affaires toujours au fond de la voiture. Alors ils exécutaient dans la hâte, de façon désordonnée, nerveux devant l’impatience d’habitude mesurée de la jeune de l’Epine.

Une voix la tira de sa contemplation lointaine de tout ce petit remue-ménage au milieu de la cour. Elle se retourna brusquement, surprise de cette soudaine apparition. Elle ne l’avait pas vu venir, ni même entendu.


Louis… lâcha-t-elle dans un souffle. Souffle court, qui traduisait son embarras : il l’avait peut être vue laisser libre cours à son irritation et cela la mettait mal à l’aise. Elle avait pour principe de toujours contrôler ses excès. Au fond d’elle bouillaient encore le caractère passionné et la fougue de sa jeunesse. Qu’elle refoulait. Se contentant d’adoucir ses réactions excessives, de mesurer ses paroles, ses gestes, de paraître posée en n’importe quelle circonstance. Toute en retenue, discipline et modération. L’enfant entière, vive, curieuse, passionnée et rieuse était devenue une jeune femme modérément vive, d’une curiosité tempérée, à la passion refoulée, ne riant ni trop peu ni pas assez. Elle laissait une vague impression d’inachevé, auprès de ceux qu’elle côtoyait d’assez près, comme quelque chose de flou, d’imprécis, qui pouvait mettre ses interlocuteurs mal à l’aise ou les rendre interrogatifs. Car elle ne montrait aux autres qu’une pâle ébauche de Clémence.

Avait-elle besoin, ici, de faire paraître ses doutes, ses peurs, ses angoisses de femme enfant -ou alors d’enfant femme – qui la tourmentaient au point de la plonger, parfois, dans une détresse mélancolique ? Non. Elle n’allait pas infliger cela à Louis. D’ailleurs, elle ne l’infligerait à personne.

C’est une joie, pour moi aussi… articula-t-elle avec sincérité. Bien. Oui je vais bien. Répondit-elle d’une voix enjouée, les yeux brillants et le sourire qui venait prouver la véracité de ses dires. Le voyage n’a pas été trop éprouvant, depuis le Limousin. Mais je gage qu’il le sera davantage au retour… Elle observa un instant le jeune homme. Cela faisait longtemps… Depuis votre mariage, je crois, même si je n’ai pu que vous y apercevoir sans réellement avoir l’occasion de vous approcher. Vous étiez bien entourés, votre épouse et vous-même. En tous les cas, je vous remercie de cette invitation. J’espère que les… soucis que vous évoquiez dans votre lettre ont su s’estomper un peu. Mais il semblerait que tel est le cas, puisque vous voilà devant moi, à m’accueillir par vous-même.

Puis, prenant subitement une pause alors qu’ils étaient en chemin vers l’intérieur, elle eut une petite moue ennuyée et, posant sa main sur l’avant bras du jeune homme afin d’insister sur l’importance de ce qu’elle allait lui demander, lui glissa quelques mots timides.

Ne pourrions-nous pas faire comme auparavant, lorsque je n’étais qu’une enfant et vous presque adulte ? Nous nous tutoyions, alors, et cela ne nous posait pas vraiment de problème. C’est vrai que bien des choses ont changé, depuis votre départ de l’Epine. Mais je serais rassurée de sentir que certaines choses peuvent rester... immuables.


Dernière édition par Louis Raphaël d'Appérault le Jeu 10 Avr 2008, 14:41, édité 1 fois
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Louis Raphaël d'Appérault

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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Dim 06 Avr 2008, 22:54

Son message de bienvenue avait été d'une affligeante banalité, mais comment pouvait-il en être autrement ? Enfin, son invitée avait semblé réellement ravie de se trouver là. Après tout, c'était déjà là l'essentiel. Et ils auraient bien le temps, au calme, de parler plus longuement d'eux. Elle rappela leur dernière rencontre, à ses propres noces. Depuis, le temps avait passé. Beaucoup de temps. Et les choses avaient bien évoluées, pour lui. Nul doute qu'il en était de même pour elle.

Elle avait envoyé sa lettre du Limousin, qui faisait-elle donc ? Etait-ce un voyage avec le marquis et son épouse, en vue d'un mariage prochain ? Pourtant, elle semblait si jeune. Le temps était passé, et il avait encore en tête l'image de la jeune demoiselle, guère plus jeune que lui par les années, mais quelques petites années qui avaient mis une grande différence entre eux, au castel de la Motte. Entre une adolescent presque adulte déjà, et une jeune demoiselle encore enfantine. Mais il fallait se rendre à l'évidence, l'écart d'années n'avait pas évolué, aussi avait-elle atteint un bel âge pour contracter mariage.
A moins qu'il s'agisse, et c'était possible aussi, d'une visite de courtoisie, à des amis, confrères, ou simples connaissances. Celà, il le saurait sans doute plus tard.

Clémence vivait-elle toujours à l'Epine ? Cela était tout à fait possible, et même le plus probable, de part son âge. Quand à lui, et bien, il y en avait eut, des événements, depuis ce mariage. L'apprentissage de la vie avec Marguerite, à Melun. Une première grossesse, qui n'avait guère duré. Volonté du Très Haut sans doute. Et puis la seconde, qui elle s'était mieux déroulé, jusqu'à présent. Et il était grandement envisageable que cela continue ainsi. Au moins, en Vaunage, était-elle moins encline à désespérer de sa condition, même s'il avait fallut pour cela quitter les plaines briardes.

Laissant cela pour plus tard, il écouta avec attention, fort satisfait de la retrouver, et de sentir une présence rassurante, sa compagne de jeunesse. Des mots de personnes qui se retrouvent après une longue absence, où l'on ne sait guère comment commencer, et que dire. Elle avait traversé une grosse partie du royaume, en plusieurs étapes certes, mais cela restait un gros effort malgré tout, il était bien placé pour en parler. Descendre la vallée du rhône avec une épouse enceinte ou traverser les monts auvergnats, les deux voyages apportaient fatigue. Clémence aurait donc sans doute besoin d'un peu de repos. Passer une longue soirée au coin du feu pour évoquer le passé ne serait donc pas pour ce soir.

Passé les portes d'entrée du manoir, elle fit une demande singulière, qui surprit le jeune homme. La voyant arrivé, son éducation et le respect de l'étiquette, comme au mariage, avaient reprit le pas sur sa jeunesse. Et c'était bien normal, après tout, ils étaient tous deux des jeunes gens biens nés et bien éduqués. Devaient-ils conserver cette étiquette ? Elle demandait de revenir à leurs réflexes d'enfants. En Champagne, sans doute, cela aurait été différent. Mais là, en plein Sud, dans une province qui n'avait pas la même langue qu'eux deux, un respect strict de l'étiquette se justifiait-il ? Peut être pas, après tout. Et il n'y aurait sans doute pas grand mal à se comporter ainsi en privé, oubliant leur condition l'espace de quelques temps.

Avant d'amener Clémence à l'intérieur, il avait proposé aux gens venus avec Clémence d'aller se restaurer aux cuisines, même s'ils auraient aussi le problème de langue. Décidément, quelques valets champenois ne seraient pas de trop ici, il faudrait envoyer des recommandations à Vaux, pour obtenir tout cela. Il pourrait s'en occuper demain, si le temps lui était donné. A moins qu'il ne consacre sa journée à sa convive, bien sûr, et aussi un peu quand même à ses devoirs. Alors, à l'abri du manoir, et Clémence ayant terminé, il lui répondit, touché par son attention :


"- Cela va mieux, en effet. Même si le sentiment de solitude que j'ai reste présent. Enfin, dorénavant, cela va changer, pour quelques temps du moins.

Quand à votre suggestion... et bien, nous n'étions, vous et moi, que des enfants, et cela coulait presque de source. Les choses ont changé, nous avons tous deux grandit. Mais, si tel est votre désir, et bien, je vous promets de faire quelques efforts."


Il se tut quelques instants, tourna la tête et c'est en la regardant qu'il se corrigea lui même :

"- Te promets de faire quelques efforts. Bon, sinon, de façon plus personnelle, y'a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous...toi ? Après un tel voyage, ce ne serait pas étonnant."
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Clémence de l'Epine

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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Lun 07 Avr 2008, 20:22

Clémence surprit l’expression hésitante du visage de Louis lorsqu’elle lui posa sa dernière question. Elle était bien consciente que ce n’était pas une demande anodine, et en voyant le jeune homme tiquer, ses joues s’empourprèrent. Elle baissa le menton et tourna légèrement la tête de côté. Il faisait assez sombre et il était peu probable que Louis perçoive son embarras, mais il valait mieux tenter de le dissimuler tout de même. Elle ne regrettait pas sa proposition, non, au contraire, mais sans doute avait-elle parlé un peu vite ou trop brusquement. Elle aurait peut être dû expliquer ses motivations…

Redressant le front, elle secoua la tête. Expliquer ses motivations ? A d’autres… Si elles n’étaient pas assez claires, tant pis, elle n’avait pas vraiment envie de s’épancher sur ses états d’âme. L’écoutant, elle serra les poings lorsqu’il lui parla de « changements ». N’était-elle pas bien placée pour savoir que oui, ces fameux changements existaient ? Qu’elle les redoutait plus que tout et que, justement… Clémence retint un soupir et préféra rendre son regard à Louis, de façon neutre. Elle eut malgré tout un petit sourire contrit.


Oui, nous étions enfants, je le sais bien.
Et tout était plus simple, alors. Les choses ont changé... Et continuent de changer. …parce que nous avons vieilli. Et je ne le sais que trop. J’ai treize ans. J’ai grandi. J’ai changé. Et tout le monde change avec moi. C’est effrayant. Pensait-elle tout en poursuivant la conversation.

Elle sourit, néanmoins, amusée des efforts du jeune homme.


Je n’ai cependant pas envie que cela semble trop audacieux de ma part. J’ai le respect des convenances, c’est certain, je tiens plus que tout à faire honneur à mon nom, à ma famille, et si ma demande paraît un peu trop… déplacée, alors j’en suis navrée.


Mais elle avait ses raisons, qui lui semblaient honnêtes, et même si elles ne l’étaient pas, peu importait. Oui, ça lui faisait plaisir cet écart de conduite, pour une fois, cet « excès » de familiarité. Et davantage qu’un plaisir, c’était peut être même une sorte de « besoin ». Elle avait eu une occasion de renouer un peu avec ce qu’elle était en train de perdre –ce qu’elle avait déjà perdu ? – et tête baissée elle avait foncé pour ouvrir cette brèche qui s’offrait à elle. Pour avaler une grande bouffée d’air. Mais elle n’avait pas réfléchi, avant de se lancer. Tout le monde ne vivait pas ce qu’elle vivait, ni ne ressentait les mêmes choses. Il était normal que les réactions soient différentes de celles escomptées. Si tout était simple, cela se saurait.

A la dernière question de Louis, son visage prit une expression malicieuse.


Il y a bien quelque chose que tu pourrais faire, oui. Il se trouve que les voyages me coupent l’appétit, mais qu’une fois les pieds sur la terre ferme, celui-ci revient au galop… Peut-être pourrions-nous dîner ?
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Marguerite
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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Mar 08 Avr 2008, 21:14

Un équipage si bien pourvu et tant d'affairement dans la cour du château ne pouvait qu'éveiller l'attention de la Vicomtesse, qui savait bien qu'aucune livraison de vivres, de vins, de tissus, d'épices ou de tout autre chose n'était prévue pour les quelques jours à venir. Un peu lasse, presque à soupirer « Qu'est-ce encore ? », mais curieuse tout de même, elle fit l'effort de se hisser de son lit, sur lequel elle était assise pour mieux reposer son ventre rond et ses membres affaiblis, jouant avec une pelote de laine fine à dessiner des vagues entre ses doigts écartés, puis à les laisser onduler et s'amollir, s'effacer, et recommencer.

A pas feutrés, elle s'approcha de la fenêtre vitrée de petits losanges assemblés sur une grille, et l'ouvrit en grand. Le soleil put alors à loisir inonder la chambre, ce qu'il ne faisait auparavant qu'estompé et morcelé ; des accents étrangers à la campagne vaunageole montèrent de la Cour.
La chambre personnelle de la Fleur d'Oc était à l'angle d'un bâtiment, et sa vue n'avait rien de particulièrement vive, mais il n'en fallait pas davantage pour qu'elle vît une jeune fille au côté de son époux, et comprisse ainsi que c'était de la visite septentrionale au parler d'oïl, pour que Louis-Raphaël aille aux devants des arrivants et soutinsse une conversation.
Son devoir d'épouse, d'hôtesse l'appelait. Faire bonne figure à son époux, à son invitée, cacher les pensées vagabondes qui rendaient son âme mélancolique, et se vêtir de vert, quand elle avait appris à tant aimer le blanc.


-« Brilheta. Brilheta ! »

C'était le nom de la camériste de service auprès de Margot. Jeune, dévouée, bien qu'un poil tête en l'air ou commère, à ses heures. Il allait de soi que la Fleur d'Oc n'allait pas se vêtir seule, d'autant plus avec cette ronde chaleur contre son sein, qu'elle caressa du bout des doigts.
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Louis Raphaël d'Appérault

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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Jeu 10 Avr 2008, 14:40

"- Dîner. C 'est en effet une suggestion fort à propos. Et vous arrivez à l'heure pour cela... Pardon, tu arrives à l'heure. Nous irons retrouver Marguerite dès que le moment du repas sera venu. Pour l'heure, peut être pourrais-je te faire visiter succinctement les lieux, et notamment te montrer où tu seras logée pendant la durée de ton séjour. Tu verras, ce n'est guère éloigné des appartements que j'occupe de façon provisoire."

Prenant alors le bras de la demoiselle, il avança, à petits pas - profitant de l'instant - dans les couloirs et les escaliers, pour la mener aux appartements qu'il avait fait préparer, suivi par quelques valets portant les malles et affaires diverses de sa convive. Il leur fallait quelques instants, tout de même, pour rejoindre la pièce, aussi s'enquit-il de nouvelles de sa Champagne.

"- Mais il est une chose qui m'intéresse. Nous sommes parti de Champagne il y a de longues, très longues semaines. Aussi, aurais-tu des nouvelles fraîches à m'apporter ? J'avoue que cela m'intéresserait fortement. Après tout, pour toi comme pour moi, nous sommes issus de familles qui ont beaucoup donné à cette province."
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Clémence de l'Epine

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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Ven 11 Avr 2008, 13:55

Marguerite… L’évocation du prénom de la Vicomtesse la pétrifia un bref instant. Elle ouvrit la bouche sur une exclamation muette. Ah ça… elle avait fait preuve d’indélicatesse : depuis son arrivée, Clémence ne s’était pas même enquise de la santé de la jeune épouse de Louis. Et pourtant, il lui avait signalé dans sa lettre, elle était enceinte. Où avait-elle bien pu dissimuler sa politesse ? Certes, elle n’en avait pas manqué, avec Louis. Et encore, elle lui avait proposé le tutoiement. Concernant la maîtresse des lieux, ses pensées avaient été trop vagabondes, visiblement.

Se maudissant intérieurement –pour quel genre d’invitée avait-elle bien pu passer– elle n’écouta qu’à peine la suite des explications de son compagnon. Ça avait été franchement idiot de sa part, et ce n’est pas maintenant qu’elle pourrait rattraper sa bévue : elle ne se voyait pas vraiment lancer « Ah oui et au fait, j’espère que ton épouse ne souffre pas trop de son indisposition. Comment va-t-elle, donc ? ». ça aurait été pire que mieux. Et pourtant, ce n’était pas faute de s’en inquiéter. Sincèrement, oui, elle espérait que la jeune Marguerite se portait bien. Même s’il est vrai qu’elle venait avant tout pour Louis puisqu’en fait, elle ne connaissait pas la Vicomtesse. Mais elle se souvenait des épousailles comme s’il s’agissait d’hier, ça oui. Et ne pourrait pas les oublier de sitôt. Ni son visage…

Tandis qu’ils continuaient à cheminer à travers le dédale de couloirs qui s’offraient à eux, et alors qu’ils s’arrêtaient à l’endroit de leur destination, Clémence réfléchissait. Sans savoir tout à fait pourquoi, une scène s’étant déroulée plus tôt dans la journée revint à sa mémoire. Il avait fallu nourrir et abreuver les chevaux et le convoi s’était donc arrêté à une auberge, non loin après Mende. Clémence s’était éloignée quelques instants, heureuse de pouvoir se trouver un peu seule, non moins contente de désengourdir ses membres. Malheureusement, cet instant privilégié n’avait pas duré. On était venu la chercher en courant, affolé. La jeune fille avait bien vite saisi le problème et en avait souri. On ne comprenait pas ce qu’ils disaient et réciproquement. Pour celui qui n’était pas averti, il était sûr que cela devait déranger, déboussoler. On avait alors attendu d’elle qu’elle traduise. Et bien oui, n’était-elle pas noble et instruite, par conséquent ? Seulement, Clémence n’avait pas compris un traître mot. Hormis cet espèce de « Bonjour » qui ressemblait assez à la langue qu’elle parlait. Bien embêtée, elle avait été contrainte d’expliquer par des gestes ce qu’ils voulaient. Fort heureusement, nourrir et abreuver un cheval était chose courante et ils furent rapidement servis. La chaleur de cette langue d’Oc avait enchanté l’oreille de Clémence et s’il lui était possible, pour se rendre aimable aux yeux de son hôtesse, de reproduire succinctement les deux mots qu’elle en avait retenu, cela la soulagerait un peu dans la culpabilité qu’elle ressentait actuellement.

Elle revint à Louis lorsqu’il lui posa sa question à propos de la Champagne. La demoiselle rassembla ses idées, cherchant ce qu’elle pourrait bien trouver à lui dire. Des nouvelles fraîches, sachant qu’elle-même avait quitté ses terres pour le Limousin, puis pour le Languedoc, depuis déjà de longs jours…


Les Artésiens ont voulu nous reprendre Compiègne. Dit-elle. Quand je suis partie, deux attaques avaient été menées contre la ville. Elles ont toutes deux échoué, bien entendu. La deuxième offensive avait encore moins de chance d’aboutir que la première, les forces armées du Domaine Royal ayant rejoint celles de Champagne. Mais il n’y a pas de guerre sans que ne coule le sang. Et le sang Champenois a coulé avec le sang Artésien. Il y a eu des blessés, et la mort a également frappé. La Dame d’Artonges, entre autres, a péri. J’ai ouï dire qu’elle était une amie de ton père. Peut-être la connaissais-tu également…

Clémence secoua la tête.

Je n’en sais pas beaucoup plus sur la suite des évènements. Avant mon départ, il était question de marcher sur Arras. Je ne sais pas ce qu’il en est maintenant. Je suis partie trop tôt. Mon père doit être en Artois, s’ils y sont tous. Et il doit s’en donner à cœur joie, j’imagine.
Elle eut un sourire amusé, pour reprendre rapidement son sérieux. Et ma mère… est souffrante. Elle était avec moi en Limousin mais a dû repartir rapidement, affaiblie par un malaise. Je vais finir par croire que seul l’air de l’Epine lui convient. Et encore… Elle m'a d'ailleurs chargé de t'assurer de son amitié.
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Louis Raphaël d'Appérault

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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Sam 12 Avr 2008, 12:39

Ils étaient donc, tous deux, devant la porte des appartements destinés à la jeune dame. Ainsi donc, les nouvelles de la Champagne étaient-elles bien mauvaises. "Les pourceaux d'artézous", pour reprendre une expression courante dans la Famille, s'étaient donc attaqués à Compiègne, et au Domaine Royal. Louis chercha un instant dans ses souvenirs, de ce qu'on lui avait conté de l'Histoire de la province. Pourtant, s'en prendre à Compiègne, c'était s'en prendre au Roi en personne. Or, de ce qu'il savait, l'Artois avait toujours soutenu sa majesté. Louis ne comprenait pas comment un vassal loyal pouvait ainsi attaquer si directement son suzerain. Il y avait là incohérence totale. Quand aux pertes. La dame d'Artonges, oui ce nom lui disait bien quelque chose. Vassale de l'époux de sa soeur, chambellan de son père, elle était liée à sa famille -et même plus qu'il ne le croyait. Et cela endeuillait donc la famille. Il lui faudrait donc envoyer missives en Champagne, ne pouvant s'y rendre en personne. Encore du courrier... Il secoua la tête et répondit donc à cette nouvelle :

"Ainsi donc la guerre a reprit. Pourtant le domaine royal est censé être à l'abri de querelles de seigneurs, par respect pour l'autorité sacrée du roi. Pour la dame d'Artonges, en effet, je la connaissais, au moins de nom et de réputation. A dire vrai, elle était liée aux maisons de mon père et de ma soeur. Le plus grave dans cette histoire est qu'elle était une dame, et qu'elle était au service de l'Eglise. On ne doit pas blesser ou pire encore, occire, pareille personne. C'est contraire aux valeurs... J'espère que ton père, le Très-Haut le protège, ne saura connaître le même sort, si d'aventure il marche sur Arras, ce qui ne serait guère étonnant en effet. "

Clémence avait terminé ses paroles par d'autres nouvelles, à la fois réconfortantes, par le message apporté, mais aussi inquiétantes, pour ce qu'il arrivait à la marquise.

"Je suis triste d'apprendre ces nouvelles de ta mère, qui m'a tant apprit. Lorsque tu la retrouveras, salue là de ma part, du plus profond de mon cœur et avec tout le respect que j'ai pour elle. Que le Très Haut la protège des maux de tout ordre."

Soupir. Les nouvelles n'étaient guère bonne. Il manquait aussi quelques nouvelles de ses proches, qui vivaient toujours en Champagne, mais cela, Clémence ne pouvait guère être au courant. Alors, il poussa la porte des appartements, résigné, se sentant inutile, si loin au sud. Jamais il n'aurait dut quitter Melun, et Sa terre. Dans la pièce, le feu venait juste d'être allumé, et l'atmosphère y était encore très fraîche. Cela irait mieux après le repas, il fallait le temps que le foyer prenne, et que la chaleur se répande. Tout serait fait pour que la convive soit bien installée. Au moins, elle saurait où elle pourrait dormir, ses malles y seraient placées, et pourraient-ils alors rejoindre Marguerite.

"Et bien, voici tes appartements. J'espère que cela te conviendra. Si tu le souhaite, nous pouvons aller rejoindre Marguerite pour le dîner."
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Clémence de l'Epine

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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Lun 14 Avr 2008, 21:49

Je n’ai pas de détails sur les circonstances de la mort de cette noble Dame mais il semblerait que ces valeurs que tu évoques n’aient pas leur place en temps de guerre. Elle a dû, au vu de son tempérament bien connu en Champagne, participer à la défense de Compiègne. Et au milieu de la cohorte, nulle distinction n’est faite : ce n’est plus un homme, ce n’est plus une femme, c’est un bras et c’est une épée.

Voici la conclusion que donna Clémence avant de pénétrer dans la chambre qui serait sienne le temps de son séjour à Cauvisson. Elle n’ajouta pas qu’elle trouverait toujours étrange qu’une dame prenne part à une bataille ou simplement tienne une arme dans le but d’attaquer et non seulement de se défendre. Elle n’était pas là pour polémiquer sur des choses qui au fond, ne l’intéressaient pas outre mesure. Il y avait des mystères de la vie qu’elle devait se résoudre à ne jamais comprendre, même si cela la frustrait.

Vraiment, merci pour ton invitation.
Fit-elle après avoir parcourut la pièce du regard et s’être retournée vers Louis. Elle arrivait à point nommé, alors que j’avais besoin de m’évader de cet endroit. De l’Epine. J’y passe trop de temps, et il arrive un moment où il faut partir pour mieux savourer ensuite le plaisir de se retrouver chez-soi.

Elle posa alors sur lui un regard reconnaissant, et lorsque leurs yeux se croisèrent, son cœur se serra. Elle ne sut pas vraiment pourquoi cela se passa à cet instant précis, alors qu’ils étaient maintenant ensemble depuis un certain temps. Peut-être était-ce l’intimité de la pièce, contrastant avec l’ambiance agitée qui régnait tout à l’heure dans la cour, associée au calme reposant et au ronflement doucereux du feu dans la cheminée… Mais force lui était de constater qu’elle ressentait là une vive émotion, prenante, singulière, rare. De la compassion. Parce qu’elle ne comprenait pleinement que maintenant le sacrifice qu’il avait dû faire en venant jusqu’ici. Pour le bien-être de son épouse, et indirectement celui de l’enfant qu’elle portait. Leur enfant. Louis n’avait jamais été quelqu’un de volubile ni de très expressif mais il suffisait de l’observer pour voir que la suave mélancolie qui ne quittait pas ses yeux, lorsqu’il était encore à l’Epine, s’était transformée en amertume opiniâtre.

J’admire ton courage. Prit-elle la peine de dire avant de répondre à sa demande. Sans doute ne comprendrait-il pas pourquoi elle lui annonçait ça maintenant, de but en blanc, mais il fallait qu’il le sache. La demoiselle l’avait toujours regardé avec des yeux d’enfant, un regard admiratif et attendri, et aujourd’hui, elle se rendait compte que cela n’avait pas changé. Il restait son aîné, le frère qu’elle n’avait pas eu, l’icône masculine, presque l’unique, alors que son père n’était jamais présent. Dans ses pensées, il était « Louis » et non « Louis-Raphaël », préférant taire ce deuxième prénom qui était également celui de son jumeau auquel elle avait survécu à la naissance. Car Louis était bien vivant, lui, tandis que Raphaël était mort.

Rejoignons donc Marguerite, oui. Il serait temps que je la salue et que je la remercie à son tour de son hospitalité.

Le sourire lui revint alors et son visage retrouva l’éclat qu’elle aimait lui donner en public. Elle-même se surprenait parfois, à pouvoir passer ainsi d’un sentiment extrême à l’autre sans que cela lui posât sérieusement un problème. C’était sa façon de dédramatiser une situation, sans doute…
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Louis Raphaël d'Appérault

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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Lun 21 Avr 2008, 12:56

Clémence parla de ce qu'elle savait du décès de la dame de Marbeuil. Louis se contenta de hocher la tête, gravement. Il avait perdu sa mère, récemment. Et son parrain. Le deuil se prolongeait sur sa Famille, il fallait s'y résoudre. Et puis, Clémence continua sur une note plus positive. Enfin, positive, il fallait nuancer le terme. Si initialement le message était heureux, à y repenser, il pouvait indiquer un mal être. Une certaine lassitude de demeurer en permanence au même endroit.

Il avait eut une enfance un peu différente, commençant quelques années à Melun. Puis, allant faire son éducation à l'Epine, puis revenant au domaine Melodunois, pour y gérer le domaine en l'absence du vicomte, son père. Clémence n'avait pas eut cette occasion. Il avait eut besoin de repères, de se sentir bien, dans une maison qui était la sienne. Clémence pouvait bien être différente. Enfin, une fois mariée, elle aurait loisir d'aller vivre dans un autre domaine, pour y remplir son rôle de bonne épouse.

Elle avait bien grandie. Elle était une vraie dame, à présent, à qui ne manquait qu'un bon mariage que son père devait peut être préparer déjà. Louis n'aurait sut dire à quoi il songeait à l'instant présent. Il se sentait un devoir envers elle. Dans leur situation à tous deux, il n'en avait aucun. Et pourtant, elle faisait partie des rares proches qu'il avait, et avec qui il se sentait bien, en sécurité. Le grand monde l'effrayait beaucoup, même si son éducation avait été destiné à l'y préparer. Et étonnamment, tous ses autres proches étaient des protecteurs, quels qu'ils soient. Mais ça n'était pas le cas pour Clémence. La différence d'âge, sans doute. Il était le plus âgé, c'était à lui de veiller sur elle. Un moyen de grandir, peut être, de se détacher de ceux de sa famille et de prendre totalement à son compte le rôle que son rang de grand seigneur lui donnait.

Alors qu'il était, comme souvent, perdu dans ses pensées, ce qui se traduisait généralement par un regard vide. Chez certains, ce regard vide paraissait comme un regard d'abruti profond. Ceux qui avaient côtoyés le jeune homme, surtout des domestiques des lieux où il avait vécu, y pouvaient lire plus facilement un état de rêverie. Etat qu'il entretenait, aimant s'exiler dans des lieu à l'abri, dans des havres de paix, propices à se libérer l'esprit. Alors qu'il était perdu dans ses pensées, donc, Clémence rajouta quelques mots. "J'admire ton courage". Il sentit le rythme de son cœur s'accélérer, tandis que le sang affluait à son visage. D'un pas naturel, pas totalement mais presque, il glissa vers une zone un peu plus sombre que le reste de la pièce, espérant cacher cet excès de réaction, excès qui ne convenait pas. Il ajouta à ceci un regard circulaire, feignant de vérifier qu'il ne manquait rien.

Admiration ? Il était troublé. De quoi parlait-elle exactement ? Il n'avait pourtant rien fait d'exceptionnel. Il avait été agréable avec la petite Clémence, pendant son éducation au castel de la Motte, mais il l'avait fait de façon naturelle et n'imaginait pas que cela puisse compter pour elle. Alors quoi ? Elle ne pouvait savoir comment il gérait la vicomté, et ne pouvait l'admirer pour ça, d'autant que cela n'en valait pas la peine. Peut être la façon dont il avait accepté ce mariage ? Mais il ne pouvait en être autrement. Les intérêts communs primaient sur les intérêts personnels, sa condition de noble lui donnait de nombreux devoirs, et il tentait de les appliquer au mieux. Cela valait-il une admiration ? Aucunement. Troublé, donc, mais aussi, au fond, ravi d'entendre de pareil mots, et par conséquent, aussi un peu intimidé. Ca, il ne le contrôlait jamais, même s'il essayait. Et son repli dans une zone un peu sombre, qui ne masquerait sans doute pas toute sa gène, avait été une bonne idée.

Il ne savait comment répondre, mais Clémence continuait de parler, fort heureusement. Elle répondait à l'affirmative pour aller dîner. Et en effet, il se faisait tard. Mais Louis avait le ventre un peu noué, retrouvailles avec Clémence, les nouvelles de Brie, et quelques messages touchants. Il n'avait, par habitude, jamais grand appétit, du moins en comparaison de gros mangeurs, son père en tête par exemple, capable d'ingurgiter un demi porcelet le temps pour les domestiques de remplir son gobelet de picrate. Alors ce soir, il ne mangerait que peu, sans doute, voire même peut être rien du tout. Enfin, il faudrait se forcer un peu.

Mais, avant d'aller prendre le repas du soir, il réagit à une impulsion. Il n'en avait que très rarement l'occasion, élan spontané n'allant pas de pair à la fois avec sa condition, son éducation et son tempérament. Mais, quelque chose dans les mots et expressions de son invitée l'avait touché. Aussi se rapprocha-t-il d'elle. Le respect de l'étiquette avait déjà été brisé. Et puis, il était là dans un cadre complètement privé, où l'étiquette n'avait plus la même signification, surtout entre deux personnes se connaissant et s'appréciant. Un mot, un seul, se fit sur ses lèvres.


"Clémence..."

Et, une fois qu'il fut auprès d'elle, il la prit dans ses bras, le plus naturellement du monde. Fermant les yeux, il oublia où il se trouvait, quelles obligations chacun d'eux avait, et se contenta de ce geste d'affection pure.
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Marguerite
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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Jeu 24 Avr 2008, 17:19

Robe verte, pour ne pas affoler l'arrivante, coiffure en ailes de papillon en voile blanc amidonné, ceinture de soie blanche au dessus de ses rondeurs maternelles... D'un petit pas leste, suivie par l'œil attentif de la camériste Brilheta, prête à intervenir si soudain la Vicomtesse se sentait mal, Marguerite avança dans les couloirs, en profita pour s'assurer auprès d'Adeline que Flamenca était bien après préparer le dîner - la gouvernante de Catalina lui indiqua qu'il était même prêt à être servi, selon le bon vouloir des Seigneurs - , puis la jeune femme entendit des voix qui s'évanouissaient, au bout du couloir, et s'arrêta net.

Ce n'était pas de la jalousie, pas même de l'envie, mais plutôt de la surprise et de l'étonnement - puis de la discrétion. Son époux, yeux fermés, enlaçait avec tendresse la dame de Villorceau, non loin. Marguerite ne s'aventura pas dans la lumière des fenêtres ; elle resta dans l'ombre de la porte ouvrant sur l'escalier en colimaçon, et posa son regard bienveillant sur Louis-Raphaël. Tant de temps loin des siens, et cette maladie, avaient mis son âme à rude épreuve. S'il pouvait goûter, avec Clémence, un peu de la chaste douceur que la Fleur d'Oc, malgré toute sa bonne volonté, ne parvenait pas à lui procurer, c'était bien. Ses pensées commencèrent de s'égarer vers l'image de cheveux clairs et d'une musculature à peine éprouvée, mais elle ferma les yeux, serra les dents, et refermant son poing sur la larme d'ambre qui pendait à son coup, exorcisa le spectre de Valandil. Ce n'était pas le même genre d'affection... Et pourtant, elle respirait plus vite, désormais. Elle se tourna vers Brilheta, le regard presque affolé, mais ne trouva rien à lui demander qui eut pu la soulager.
Petit à petit, l'image d'une affection si spontanée finit par l'apaiser. Valandil même n'oserait agir ainsi, pensa-t-elle.

Après un temps qui aurait pu être une minute comme dix, elle pénétra finalement dans la lumière, et se fit pétulante pour ne point laisser croire qu'elle espionnait peut-être un instant plus tôt.


-« Adissiatz, dòna Clamença ! Soyez la bienvenue à Cauvisson, j'espère que vous avez fait bon voyage ! »

Elle posa une main sur le bras de Louis, et dit un peu plus bas :

-« Pardon de vous presser... Adeline m'a dit que le dîner était tout prêt. »
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Louis Raphaël d'Appérault

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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Lun 26 Mai 2008, 07:03

Clémence.de.lEpine a écrit:
Clémence allait quitter la pièce, l’âme un peu troublée par la situation. Elle avait remarqué l’embarras de Louis, et voilà pourquoi elle s’était empressée de rejoindre la porte, ne souhaitant pas l’observer davantage et accroître sa gêne. Et puis, comme pour la retenir, il avait esquissé un pas dans sa direction. L’étrangeté de la situation lui apparut alors pleinement. Comme une intuition.

Elle sentit alors son cœur faire un bond dans sa poitrine. Un mélange de surprise et d’appréhension. Les yeux tournés vers le couloir froid et sombre qui étrangement l’attirait irrésistiblement, pourtant, la voix de Louis parvint à percer le brouillard de confusion qui à ce moment lui enveloppait l’esprit. « Clémence » dit-il simplement. Et c’est tout aussi simplement qu’elle posa sur lui un regard vaporeux.

Un seul pas de plus. Et Clémence se retrouva prisonnière de ses bras. Un geste délicat mais puissant à la fois. Protecteur, en tout cas, rassurant. Mais que devait-elle faire ? Comment devait-elle réagir ? Elle avait connu l’étreinte paternelle, quand elle était plus jeune. Mais quel âge avait-elle, alors ? Cinq ans ? Six ans ? Cela lui semblait si loin… ça avait été la seule embrassade masculine qu’elle ait jamais vécue. Et là…

Fallait-il qu’elle le repousse, alors que son coeur s’affolait, incapable pour l’heure d’interpréter ce brusque élan d’affection ? Fallait-il qu’elle y réponde, alors que son âme s’embrasait de félicité ? Clémence n’était que désordre intérieur, chaos même. Sans cesse tiraillée par ses désirs et leurs contraires. Emplie de doutes et de contrastes. Reine des faux-semblants. Ou quasiment. Il lui arrivait de se trahir… trop à son goût, d’ailleurs.

Mais c’était Louis. Et pas n’importe quel homme. Elle n’avait pas à le craindre. Il ne lui voulait pas de mal. Elle pouvait se libérer, maintenant, juste le temps de cette étreinte. Que pourrait-on lui reprocher ? Que pourrait-elle se reprocher ? C’était Louis…
Et elle n’était que Clémence, si jeune et si fragile, sous un déguisement de femme indifférente.

Son front bascula contre la poitrine du jeune homme, toute réticence évanouie. Sa gorge se souleva, d’une saccade convulsive, mais son sanglot demeura muet. Ce n’était pas encore aujourd’hui qu’elle pleurerait. Et pourtant… Pour la première fois depuis bien longtemps, elle se sentait affranchie de toute retenue, de toute pudeur. La pression qu’elle s’imposait dès le lever semblait envolée. Où étaient passés ce poids, et ces contraintes qui la rendaient parfois tellement fébrile ? Elle n’eut alors qu’une pensée, pour elle qui d’ordinaire se perdait dans de trop profondes : « La lune ne peut définitivement éclipser le soleil». Simple conclusion ou encouragement personnel ? Ses yeux se fermèrent et, la tête toujours enfouie dans le creux de l’épaule de Louis, elle laissa un léger soupir s’échapper de ses lèvres. Un soupir serein.


« Merci »
murmura-t-elle. Si bas, cependant, qu’il n’était pas certain que le mot ait été entendu. Qu’importe, en fait. Louis comprendrait, par le relâchement de son corps, qu’elle accueillait avec soulagement et reconnaissance cette étreinte inattendue.

La voix de Marguerite la tira alors de cet état de quiétude momentané, la faisant brusquement sursauter et s’éloigner du jeune homme, comme si elle avait été prise en flagrant délit d’infraction à une règle quelconque. Mais c’était sans doute davantage la surprise qui causa cette impression d’embarras, plutôt qu’un vulgaire sentiment de culpabilité. Cette apparition subite parvint à la perturber, à l’intimider, presque. Les mots qu’elle avait préparés à l’attention de la Vicomtesse ne lui venaient pas et elle se contenta d’un banal sourire poli, dissimulant toute trace de confusion sur son visage, suivi d’une légère révérence due à son rang.

Bonsoir, Madame la Vicomtesse, et merci pour votre généreuse hospitalité. Le voyage ne fut pas trop mauvais, non.
Elle jeta un oeil discret vers le ventre arrondi de Marguerite. J’espère que votre grossesse ne vous cause pas trop d’ennuis, mais j’ai l’impression que vous la souffrez bien. Ne pas lui dire qu’elle lui paraissait plus épanouie que lorsqu’elle l’avait vue pour la première fois à son mariage.
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Louis Raphaël d'Appérault

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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Lun 26 Mai 2008, 07:04

Marguerite de Volpilhat a écrit:
La jeune fille avait souri poliment, fait une révérence légère et gracieuse, salué maladroitement - peut-être ne lui avait-on jamais appris l'étiquette ? - et Marguerite, avec un sourire bienveillant, et soucieuse surtout de ne froisser ni Clémence ni surtout son époux, dont elle était l'invitée, tâcha de dire sur un ton léger et dégagé :

-« Allons, dòna, appelez-moi simplement Vicomtesse, ou si vous vous en sentez l'amitié, Marguerite. Seuls mes gens m'appellent comme vous le faites... Et je doute que mes servantes soient aussi richement vêtues que vous, ou Louis m'aurait mal renseignée sur vous ?

Vous êtes Clémence de l'Epine, je me trompe ? »


Mais à la vérité, elle n'en doutait pas. L'accent était résolument du nord, si plat... Sans même y penser, quelques minutes plus tôt, la Fleur d'Oc avait apostrophé la dame de VIllorceau en Oc. Elle sembla réfléchir un instant, puis, le sourire bienveillant toujours accroché sur ses lèvres se faisant complice :

-« Chez nous, cela donne "dòna Clamença de l'Espina" - c'est joli, n'est-ce pas ?

Soyez la bienvenue, en tout cas, il est plaisant d'accueillir une personne ni bien née, et qui saura je l'espère réchauffer un peu le coeur de Louis. »


C'était une vraie prière, que Marguerite faisait tous les soirs. Que Louis trouve un peu de bonheur, qu'il se plaise dans la vie, surtout, qu'il ne reste pas isolé en Languedoc - la nostalgie le ferait rentrer en Champagne, et la Fleur d'Oc avec. Etait-ce un voeu égoïste ? La jeune vicomtesse se posait parfois cette question. Mais ce qu'elle souhaitait, en fin de compte, c'était leur bonheur à eux deux... Elle passa une main sur son ventre, sous lequel elle sentait parfois quelques coups, comme si l'enfançon vigoureux s'y agitait.

-« On me prédisait une grossesse difficile, avec ma constitution fragile... Si je suis restée faible longtemps, il est vrai, je ne me suis pourtant jamais sentie mal, hors des nausées communes à cet état. Je prie sans cesse pour que cela continue encore deux mois, jusqu'au terme. »

Et tous trois, devisant, quittèrent la chambre pour se rendre en l'Aula Magna, où une table avait été dressée, et où la petite Catalina, à tout juste sept ans, attendait sagement ; ces repas étaient aussi l'occasion d'enseigner à l'enfant les manières. Mais en la voyant, Marguerite songea que sa soeur allait bien s'ennuyer... Elle ne parlait pas le français, seulement l'espagnol et désormais l'occitan.
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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Lun 26 Mai 2008, 07:04

Son geste avait été irréfléchi, et il aurait put être rejeté par Clémence. Et ce n'aurait pas été choquant. Mais non, elle l'avait accueilli, avec bienveillance semblait-il. Instant d'oubli, d'abandon, de bien être aussi, comme si un peu de Champagne était venu en Vaunage? Un peu de complicité, aussi. Et puis, Marguerite était arrivée, brisant, un peu, le moment. Et Clémence s'était éloignée. Pour que Louis se sente différemment, à nouveau. Car à la sérénité qu'il avait ressenti quelques instants auparavant dans les bras de celle qui avait été une des rares compagnies de son adolescence s'était envolée pour laisser place, au fond de son être à un malaise.

Pourtant Marguerite ne semblait pas s'offusquer de ce geste de tendresse, mais un cri d'alarme résonnait dans son esprit, comme s'il avait péché... Marguerite, aussi, suggérait d'aller prendre le repas du soir. Elle n'avait que totalement raison, il était temps de passer à table. Il hocha la tête, en guise d'approbation, la laissant saluer Clémence comme il se devait.

Et puis quelques mots. Quelques mots dit si naturellement. Quelques mots de trop, peut être. "Réchauffer un peu le cœur de Louis". Le jeune homme restait songeur devant ces mots. Et il se remémora l'arrivée de la vicomtesse, en Champagne, quelques jours avant leurs noces. Il s'était senti détesté par la vicomtesse occitane, qui était aujourd'hui son épouse, par la volonté de leurs pères. Il n'avait alors pas comprit ce sentiment à son égard, alors qu'il n'en était pas responsable. Et depuis les choses avaient évolué. Déjà, il y avait eut ce moment presque complice, lorsqu'elle avait demandé -presque imploré- de rentrer en Vaunage, et de quitter Melun. Et puis maintenant, ces quelques mots.

Il avait longuement tenté de lui rendre la vie joyeuse -venir s'installer à Cauvisson en faisait partie, même si à présent, un peu seul et perdu au milieu des gens d'Oc, il se sentait fortement étranger. Ce pouvait-il que cela lui ait été bénéfique ? Ce serait là le plus beau présent qu'il puisse avoir. Et si une profonde amitié naissait ? Il ne fallait pas tout rejeter.

Il se rendit bientôt compte qu'il était encore parti dans son petit monde. Ailleurs. Dans un jardin au bord d'une rivière, pour être plus précis. Lieu réel de refuge d'enfance, et qui lui servait encore régulièrement, de façon virtuelle, en pensées. Alors, comme les demoiselles semblaient prêtes à se rendre au repas, il tendit le bras à son épouse, afin de la soutenir un peu.


"Et bien, mon amie, allons y donc. Même si je n'ai guère d'appétit, il n'en est pas de même pour notre chère invitée qui eut un long voyage à faire pour venir."

Et tandis qu'ils marchaient, Louis se fit curieux. Une envie de savoir. Il pourrait tout aussi bien savourer l'instant, et remettre cette interrogation à plus tard. Il le ferait encore au cours du repas, et les jours à venir. Et savoir dès ce soir pourrait lui ôter ce petit pincement. Alors, il reprit la parole, à destination de Clémence -hésitant un moment entre le "tu" et le "vous" :

"Ma chère Clémence. Il est une question qui me brûle les lèvres. Comptes-tu rester longtemps parmi nous ? Non que tu ne déranges, il est agréable de te revoir. Mais, je ne voudrais pas manquer ta présence pour des affaires de moindre importance."
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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Lun 26 Mai 2008, 07:05

Clémence.de.lEpine a écrit:
Ce n’était sans doute pas un reproche, mais la remarque de Marguerite blessa Clémence. Certes, elle s’en rendait compte maintenant, la formule utilisée pour saluer la Vicomtesse ne convenait pas. Elle savait fort bien qu’il lui manquait quelques lacunes dans son éducation, et pour cause, elle n’avait jamais eu de précepteur, la Marquise se chargeant en grande partie de ses leçons. Malheureusement, malgré tout l’amour et l’attachement que Clémence portait à sa mère, elle ne pouvait que constater que le temps que celle-ci lui avait consacré n’avait pas été à la hauteur de ses espérances. N’avait-elle pas, d’ailleurs, commencé à apprendre seule la lecture, se réfugiant le soir près de la fenêtre afin de profiter des derniers rayons du soleil, ce livre qu’elle connaissait maintenant si bien posé sur les genoux ?Aucun précepteur n’avait été désigné pour suppléer la Marquise dans cette tâche délicate. Pourquoi ? Peut-être avait-on jugé cela inutile : Clémence étant une enfant curieuse et attentive, avide de savoir et de connaissance, elle pouvait fort bien, en observant et en écoutant comme elle le faisait, tirer elle-même quantité d’enseignements. Ou alors, on avait trouvé que les leçons qu’on lui donnait étaient largement suffisantes. Mais ce n’était jamais trop, pour Clémence, qui réclamait toujours plus, pour sa propre expérience mais afin, surtout, de ne pas passer pour une idiote en société. Ce qui, à ce moment précis, était en train de se produire.

Elle hocha la tête, la nuque un peu raide, toujours un peu contrariée mais se voulant détendue et polie pour son hôtesse. Après tout, elle se rendait bien compte que celle-ci tentait de la mettre à l’aise et qu’il n’y avait aucune malice dans ses propos :


C’est joli, en effet. Répondit-elle simplement alors que Marguerite la renseignait sur la traduction de son nom en langue d’Oc. Puis, poursuivant : Si ma présence peut être un réconfort pour votre époux, il ne sera malheureusement qu’éphémère. Toute la Champagne ne peut défiler jusqu’ici et la Champagne elle-même ne peut venir jusqu’à lui.

Elle laissa alors ses paroles en suspens, ne voulant embarrasser personne, et alors qu’ils pénétraient dans la salle où on leur servirait le dîner, Louis lui adressa une question qui lui fit froncer les sourcils. Elle n’y avait même pas réfléchi, en fait. Pesant le pour et le contre, prenant en compte les derniers mots du jeune homme, elle s’attarda un instant sur la réponse à donner.

Clémence était heureuse d’être ici, mais elle ne pouvait rester trop longtemps. D’abord parce qu’elle ne voulait pas gêner le quotidien de Louis et de Marguerite en s’imposant en leur domaine, mais ensuite parce qu’elle ne pouvait pas rester aussi longtemps loin de chez elle. Elle avait une famille, et ses racines étaient en Champagne, avant tout.


Ni trop peu, ni pas assez.
Fit-elle avec un sourire amusé. Le temps de me remettre du voyage, sans doute, mais également de faire un peu connaissance avec… Marguerite et ces terres de Languedoc qu’elle semble tant affectionner. Elle adressa à la Vicomtesse un regard amical, afin de lui assurer qu’aucune espèce de sarcasme ne se dissimulait derrière ses mots. Mais surtout, de passer un peu de temps avec toi. Je doute que nous nous revoyions ensuite avant un certain temps… Donc une semaine, peut être davantage. Mais pas moins. La route est longue jusqu'en Champagne.
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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Lun 26 Mai 2008, 07:05

Catalina a écrit:
La petite Catalina, la soeur de la vicomtesse, attendait en effet à table.

Par son aspect légèrement dodu et rose, on devinait que le dîner était pour elle un moment important de la journée.

Aussi fut-elle assez fâchée de voir une inconnue invitée à manger. Les "grands" allaient encore discuter longuement, et le service n'en finirait pas de traîner. Or, dans tout repas, le moment que Catalina attendait le plus fébrilement, était le "boute-hors", c'est à dire l'instant où l'on sortait de table pour aller grignoter des friandises dans une salle voisine.

Mais la petite rousse ne montra rien de son désappointement. Elle se leva, passa sa main sur les plis de sa robe pour la rendre plus lisse, et fit une révérence à l'amie de son beau frère. Puis, dans un français très approximatif, elle s'exclama d'une voix fluette:

- Bonjouère Madama. Jé souis bien aise dé vous rencontrer!
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MessageSujet: Re: Raviver les souvenirs des origines   Lun 26 Mai 2008, 07:06

Marguerite de Volpilhat a écrit:
La vicomtesse sentait une ineffable tension se former, qu'elle n'avait pas souhaitée... Mais elle connaissait trop peu son invitée pour pouvoir prétendre anticiper ses réactions, même les plus cachées. Le visage était souriant, mais les corps vibraient. D'angoisse, de jalousie, de fierté baffouée ? Il ne fallait pas trop s'en préoccuper. C'est à peine si elle remarqua le tutoiement qui s'était installé entre son époux et Clémence, qui pouvait par contre-coup donner le sentiment d'une distance entre les deux femmes.

La Fleur d'Oc résolut d'attribuer son impression à une erreur, ou au pire, à la fatigue du voyage qu'avait fait la dame de Villorceau, qui pouvait avoir mis le corps dans des dispositions contraires à celles de l'esprit. Louis lui avait trop vanté sa compagne d'enfance pour qu'elle ne fût finalement désagréable.

Comme ils allaient s'asseoir vint Catalina, qui avait quitté son siège pour saluer, sous le regard bienveillant de Marguerite. Les manières ne s'inculquaient pas en un jour, mais la fillette y mettait tout son coeur ; ce fut même dans la langue française, qu'elle maîtrisait à peine, qu'elle fit sa révérence, et les yeux de l'aînée brillèrent d'une fierté dissimulée.
Elle posa une main légère sur l'épaule de sa puînée et, se trouvant face à Clémence de l'Epine :


-« Dòna Clamença, voici Catalina - dans votre Nord, vous diriez Catherine - , ma benjamine. Ma mère étant auprès du Très Haut et mon père n'ayant pas repris épouse, comme l'éducation des femmes est affaire de femmes... C'est auprès de moi qu'elle apprendra ce qu'il lui faut savoir pour briller dans le monde. »

Ceci étant dit, Marguerite fit glisser sa main de l'épaule de sa soeur aux rondeurs de son ventre, et prit place à la table, pour soulager son dos, et aussi comme signe que les autres pouvaient faire de même.
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